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Lun 21 Juil 2014 - 7:43



Inevitably.
« Vivre, c'est mourir à chaque instant. »

PROLOGUE
Le parquet craque. Le vent siffle. Elle descend les escaliers avec lenteur, le regard absent. Ses petits pas font grincer les marches à rythme régulier. Sa fine silhouette se déplace à travers la pièce. Elle semble tourner en rond. Son but est dur à définir en tout cas. Elle finit par s’arrêter devant une photo. Ses yeux gris la regardent un instant, avec ce même voile d’inconscience. Finalement, elle fait demi-tour et change de pièce. Sa petite robe bleue, d’une transparence étrange, virevolte légèrement, de même que le nœud attaché dans ses cheveux. Elle passe sous une arche qui tombe en morceaux, avant de pénétrer dans une pièce spacieuse et sombre. Au centre de celle-ci se trouve une grande table ronde entourée de nombreuses chaises … Douze, exactement. Dessus règne un désordre inhumain, où se mélangent tasses à thé et crayons, livres et assiettes. Tout autour, il y a d’immenses bibliothèques –qui ne contiennent pas que des livres d’ailleurs- qui donnent un air chargé à la pièce. Elle avance, laissant glisser son doigt sur la poussière bien présente sur chaque centimètre carré. Petit à petit, le vent se calme et un silence bruyant domine l’atmosphère. Des pas de font entendre alors qu’Elle est arrêtée. Il y a quelqu’un d’autre, ici. Elle semble d’ailleurs l’avoir remarqué. D’un mouvement gracieux, elle tourne la tête vers la source du bruit. Les lumières éteintes et la pâleur certaine de l’individu ne permettent pas d’en savoir beaucoup. On distingue cependant la forme de sa tête, entouré de cheveux courts ébouriffés, puis ses épaules carrées. Il a l’air mince, et se tient extrêmement droit avec un fier port de tête. A côté de lui, Elle est minuscule. Elle lui arrive aux hanches à peine, mais le fixe de son regard froid, comme si elle attendait une quelconque justification pour l’avoir dérangée. Il tente de soutenir son regard un instant –enfin, impossible de le savoir exactement puisque son visage est plongé dans l’ombre- avant de détourner la tête sur le côté. Sans doute n’est-il pas aussi assuré que ce qu’il essaye de paraître. Il se racle la gorge en un grognement étrange, avant de lui adresser la parole.

« Je ne faisais que passer. »

Sa voix rauque résonne dans les lieux pendant quelques secondes, avant de stopper net. Elle hoche la tête d’un petit geste, et il tourne les talons en retenant un frisson. Avec cet éternel masque d’antipathie sur le visage, Elle s’approche d’un fauteuil et se hisse dessus sans difficulté. Elle retire la poupée qui se trouve maintenant dans son dos, et la dépose sur ses genoux. Le jouet est usé, sans doute par le temps. Quoiqu’il en soit, rares sont les cheveux qui sont toujours sur son crâne. Il lui manque un œil, et avec le sourire béat que la poupée a sur le visage, c’en est presque effrayant. Elle porte une robe rose clair, grisée à mesure du temps. Se redressant un peu sur le fauteuil, Elle la regarde avec attention, et pendant quelques secondes on peut voir une petite flamme briller dans ses yeux. Emotion qui s’éteint aussi vite qu’elle s’est allumée. Ses cheveux blonds cristallins, légèrement bouclés,  tombent en cascade sur ses petites épaules. Sa silhouette a tout de fragile. On a l’impression qu’on pourrait la briser à chaque contact. Pourtant, son visage affiche un air dur, malgré ses traits enfantins. Tout son corps a cette transparence étonnante, qui laisse voir le tissu à carreaux du fauteuil sur lequel Elle est assise.


[J'ai déjà 7 chapitres, mais j'attends des avis avant de les poster o/]


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Ven 15 Aoû 2014 - 4:50

Je précise juste que mon personnage de RP et le personnage de cette histoire n'ont aucune rapport, c'est juste que c'est un nom qui me tient à coeur ^^
CHAPITRE 1

« Allez ! Allez ! Lizzy ! »

Une dizaine de voix poussent des cris à l’unisson. Ce sont mes nouveaux camarades de classe. Je m’appelle Lizzy. Lizzy Roth. Je suis nouvelle dans mon lycée. En fait j’ai déménagé en cours d’année, et du coup je passe pour la nouvelle de service. Parce que oui, quand on arrive normalement au début de l’année, il y a plein de nouveaux donc on est moins remarqué. Moi, par contre … Arriver en mai c’est pas top. J’ai seize ans, au fait. En seconde, donc. Je vis avec ma mère dans une petite maison. Et là, c’était mon premier jour de cours. Assez horrible. On n’a pas arrêté de me dire « T’es nouvelle ? » … Et là on me lance un défi. Je sais pas si c’est un truc par lequel tous les nouveaux passent ici, mais en tout cas je suis dans un lycée de tarés, ça c’est certain. On est sortis des cours il y a un bon moment déjà, mais ils tenaient à me faire visiter un peu la ville. Enfin, « ils », c’est une dizaine de personnes à peu près. Ils ont l’air sympa et j’ai pas envie de passer pour la fille qui veut rien faire dès mon premier jour. Voilà donc pourquoi je me retrouve à deux doigts d’entrer dans une maison dite « hantée », toute seule avec mon portable pour filmer. Cette maison me donne des frissons de l’extérieur, mais pas question de montrer que j’ai peur ! C’est bien le genre de truc qu’on pourrait me rappeler jusqu’à la fin de ma scolarité. On me pousse légèrement en avant. Je me retourne. C’est une fille du nom de Vanessa qui me regarde, insistante. Tellement insistante qu’elle me fait presque peur, elle aussi.

« Bon, OK, j’y vais. »

J’essaye d’avoir l’air neutre, complètement blasée, mais j’ai bien peur que mon angoisse se ressente dans ma voix. Je sors mon portable de ma poche, et commence à filmer. Je montre d’abord toutes les personnes qui m’entourent, avec un sourire que j’espère décontracté, avant de faire un pas en avant.

« Vous me jurez que personne n’habite là-dedans ? »

Plusieurs voix me répondent. Je parviens notamment à distinguer un « Non, rien que les fantômes ! ». Haha. En fait je crois aux fantômes. Enfin, ça dépend des cas. Moi aussi je peux faire claquer une porte et dire que c’est un fantôme qui l’a fait.

« Bon … »

J’ouvre le portillon, que j’ai du mal à garder debout d’une seule main. Comme toute la clôture, il est sur le point de s’effondrer. Il paraît que ça fait longtemps que cette maison a été abandonnée. On raconte qu’une famille y vivait autrefois, et que leurs plus jeunes enfants sont morts d’une grave maladie. Le père, qui devait avoir un sérieux problème mental, a ensuite tué son propre fils, le dernier qu’il lui restait. Et pour finir, la mère s’est suicidée, pendue ou tuée avec le fusil de son mari, selon les versions qu’on m’a racontées en chemin. Un truc pas très joyeux quoi. Je ne sais pas si c’est vrai. En tout cas, la maison est dans un sale état. Le toit en ardoise est à moitié effondré. Les tuiles sont arrachées, et certaines traînent même dans le jardin. Celui-ci n’a pas été tondu depuis des années. L’herbe m’arrive aux hanches, et encore, je suis grande. Je crois voir une brouette au loin, mais je n’en suis pas sûre. Il y a également des bouts de bois partout, et je dois donc faire attention où je mets les pieds. Malgré tout, j’essaye de regarder la maison en même temps que je la filme. Je n’ose pas regarder derrière moi. Les murs sont censés être blancs, j’imagine, mais leur couleur tourne plutôt vers le gris avec l’usure. La peinture s’écaille, comme sur les fenêtres d’ailleurs. Les volets sont fermés, d’autres pendent lamentablement aux murs. Tout ici est usé jusqu’à la corde.
J’arrive finalement sur le perron, après avoir monté trois marches. Le sol en parquet grince sous mon poids, et je ne peux m’empêcher de serrer les dents. Il y a un fauteuil à bascule envahit par le lierre, qui semble tellement vieux qu’il pourrait figurer dans un musée. La poignée en fer de la porte semble avoir été forcée à de nombreuses reprises. J’ai à peine à pousser dessus pour que la porte s’ouvre. Je me tourne et me retourne dans la pièce, pour que mon portable enregistre le moindre recoin. En face de moi, il y a un escalier. Il manque certaines marches, et à vrai dire, je ne le sens pas trop. Il y a deux arches, une à ma gauche et une à ma droite. Tout est plongé dans le noir, mais comme il n’est que dix-sept heures, un peu de lumière parvient à éclairer l’endroit, suffisamment en tout cas pour y voir clair. Prudemment, je m’aventure à droite, faisant une nouvelle fois grincer le vieux parquet. C’est une pièce assez grande, avec une table immense au milieu. Elle est entouré de chaises, et dessus il y a tout et n’importe quoi. C’est sans doute une bibliothèque … Ou un bureau … Ou une salle de réunion … Ou … C’est dur à déterminer. Peut-être bien une salle à manger, il y a des assiettes aussi. En tout cas, cet endroit semble désert, et je n’entends aucun bruit. Malgré tout, je sens mon cœur battre la chamade. L’ambiance est vraiment pesante, et ça ne me rassure pas. Je frissonne en sentant un léger courant d’air.

« Nous allons maintenant aller voir l’autre pièce ! » dis-je, comme la voix off des reportages.

C’est un moyen de déstresser. Je reviens donc sur mes pas, les jambes tremblantes, et me dirige vers l’arche de gauche. Cette pièce est un parfait contraire à celle d’avant. Ici tout est en ordre, parfaitement rangé, même si le temps semble d’être arrêté depuis soixante-dix ans au moins. C’est un salon, avec de gros canapés et un fauteuil. Il y également une table basse, et plein de tableaux accrochés aux murs. Plus loin, il y a une cheminée. Soudainement, une porte claque et je sursaute. Paniquée, je regarde tout autour de moi, essayant de garder mon sang froid. Mais impossible de rester calme. Avant que je ne puisse réagir, une silhouette apparaît furtivement devant l’arche. Petite, c’est tout ce que je peux en retenir. Elle disparait une fraction de seconde plus tard, me laissant le temps de me plaquer contre le mur qui se trouve dans mon dos. Ma respiration se fait haletante, et des larmes coulent sur mes joues. Je garde mes mains serrées contre ma poitrine, sans toutefois cesser de filmer. La silhouette réapparut un peu plus en avant, avant de disparaître à nouveau. Je me serre dans le coin de la pièce, pétrifiée. J’ai pu en distinguer plus cette fois-ci. Elle a des cheveux blonds clairs, assez longs. Je tremble de tous mes membres, j’ai l’impression que mes jambes vont crouler sous mon poids. Ma respiration s’accélère dangereusement, et j’ai l’impression de frôler la crise cardiaque. Mes mains sont toutes moites, et une goutte de sueur dégouline sur mon front. Cette même silhouette réapparaît une dernière fois, une bonne seconde. J’ai le temps de voir son regard froid se poser sur moi avant de courir vers la porte, plus vite que je ne l’ai jamais fait. Je la claque derrière moi, manquant de trébucher, je cours à travers le jardin, je saute par-dessus le portail, je veux aller plus loin encore mais on me retient.

« Lâche-moi ! » m’écris-je en me débattant.

Mais ce n’est qu’un garçon de ma classe dont j’ai oublié le nom. Alors, je cesse de bouger et m’effondre par terre. Je sanglote bruyamment, si bien que tout le monde s’accroupi pour être à ma hauteur.

« Hé, Lizzy ! Ça va ?
-Qu’est-ce qu’il y a ?
-T’as vu le fantôme ?!
-Pleure pas …
»

Toutes ces voix se mélangent dans ma tête, et je ne prends pas la peine de répondre à ces questions. Je laisse une des filles, Lucie, me prendre dans ses bras. Je coupe la vidéo et tente en vain de me calmer.


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Ven 15 Aoû 2014 - 4:51

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CHAPITRE 2

Une énième fois, j’appuie sur « Play » et la scène se rejoue sur le petit écran. Je vois la maison se rapprocher dangereusement, puis la porte s’ouvrir. Je me vois circuler de pièces en pièces avant de la voir finalement. Oui, cette mystérieuse apparition, cette petite fille. J’ai fait de nombreuses captures d’écran des moments où elle apparait dans la vidéo. Elle est particulièrement nette la dernière fois. Son regard me glace le sang. Je n’arrive toujours pas à y croire. Cette vidéo, je l’ai regardée des centaines de fois en l’espace de trois jours. Je l’ai montrée à une dizaine de personnes, qui y ont vu la même chose que moi. Je n’ai jamais vraiment été effrayée par le paranormal. J’ai toujours douté de ces histoires dites « vraies » qu’on se raconte entre amis, après les avoir lues sur Internet, entendue par quelqu’un d’autre, ou vues sur une quelconque chaîne de télé. Mais là je ne peux pas douter. Je l’ai vue de mes propres yeux ! Et ça me terrifie. J’aimerais ne jamais avoir mis les pieds dans cette maison, comme ça tout aurait pu continuer comme avant. Mais non. Ces quelques secondes ont changé ma vie. Elles m’ont changée moi. Depuis que je l’ai vue, je ne dors pas de la nuit. Les seules fois où je suis tombée de sommeil, j’ai fait des cauchemars atroces dans lesquels elle apparaissait. Je suis souvent seule, chez moi. Enfin, pas vraiment, mais ma mère travaille de nuit, elle dort donc une majeur partie de la journée. C’est comme si j’étais seule. Pendant ces moments-là, le silence devient stressant. J’ai peur, je regarde tout autour de moi, comme si elle m’avait suivie. Dès que j’entends un bruit, je vais voir ce qui se passe. Si je ne trouve rien, je fais le tour de la maison. Je me trouve bête. Ma raison me dit souvent que je n’ai rien à craindre, parce qu’elle est chez elle, et pas dans ma maison. Mais ma peur reprend toujours le dessus. Je me dis que je dois avoir l’air d’une enfant qui a fait un cauchemar. Mais je l’ai vécu, moi, ce cauchemar.
Je me suis surprise à faire des recherches. Inconsciemment, j’ai tapé « fantôme » dans la barre de recherche. Et puis après j’ai lu des pages et des pages, j’y ai passé la nuit. Et puis finalement je me suis décidée à raconter ce qui s’était passé. J’ai trouvé un forum sur le paranormal, et j’y ai posté les photos. Certains m’ont dit que j’avais la chance d’avoir assisté à une telle apparition. Et au fond … C’est peut-être bien vrai. Très peu de gens ont eu l’occasion de voir un esprit, un fantôme, un revenant, peu importe le nom qu’on leur donne. C’est quand même un peu exceptionnel.

« A demain, ma chérie, dors bien ! »

Je lève la tête. C’est ma mère qui part travailler. Je vais lui dire au revoir, avant de revenir à mon bureau. Mes doigts pianotent un instant sur le clavier, sans écrire un mot. Finalement, je referme l’écran. Je prends mon sac, accroché sur le porte-manteau. Je le vide sur mon lit. Dedans, je mets mes clés, mon portable. J’ouvre un tiroir de mon bureau, et en sors une lampe de poche. Je vais dans la chambre de ma mère prendre son appareil photo. Je fourre tout dedans sauf la lampe de poche que je garde dans les mains, et file en bas. J’enfile ma veste, mes chaussures, et me regarde dans le miroir.

« Tu n’as pas peur, Lizzy. » dis-je à mon reflet.

Je me le répète de nombreuses fois dans ma tête. « Tu n’as pas peur, tu n’as pas peur, tu n’as pas peur. » J’inspire profondément, et pose ma main sur la poignée. Je vais y retourner. Ces fantômes ne peuvent rien me faire, de toute façon, non ? Je ne vois pas pourquoi je devrais avoir peur d’eux. Bien sûr, c’est facile de parler quand on est encore chez soi, hein … Je secoue la tête. « Arrête d’y penser ».
Dehors, il fait froid. Le vent glacé me fait frissonner, et les lampadaires éclairent à peine la rue. Il n’y a quasiment personne ici, c’est normal. Il est aux alentours de vingt-deux heures, et la plupart des gens sont bien au chaud chez eux. J’ai l’impression d’être une folle échappée de l’asile. Je m’effraye à chaque coin de rue, et chaque passant que je croise me paraît tout d’abord être ma mère. Peut-on vraiment dire que je fugue ? Je serais de retour avant que ma mère ne revienne, elle ne sera même pas au courant de mon absence … Enfin je l’espère. Sinon elle me privera de sortie à vie ou un truc du genre. Après quinze minutes passées dans les ruelles sombres, j’arrive enfin devant le portail en ruines. Et doucement, je sens le courage et l’assurance qui m’avaient accompagnée jusqu’ici s’enfuir à grands pas.


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Ven 15 Aoû 2014 - 4:52

CHAPITRE 3
Je me ronge nerveusement les ongles, tout en regardant la maison devant moi. Tout est sombre. Seul un réverbère à côté de moi éclaire une partie du jardin. Je ne sais plus quoi faire. J’aimerais rentrer, courir jusqu’à chez moi, mais mon corps refuse d’obéir. Mes jambes ne tressaillent même pas, elles restent immobiles, comme si elles n’ont pas entendu l’ordre que je leur ai donné. Elles ne tremblent même pas, alors que mes mains font toute sorte de gestes incontrôlés. Pendant un instant, un court instant, je ne suis plus maître de moi-même. La peur est plus forte que moi, mais je tente tout de même de résister. C’est moi qui suis venue ici. Personne d’autre. Si j’ai déjà fait tout ce chemin, je vais y arriver. J’en suis capable. J’ai cette envie de savoir, cette soif de connaissance, d’aventure, qui me pousse à faire un pas en avant. « Tu ne risques rien, Lizzy, n’aie pas peur. Personne ne te fera rien. » Pendant de longues minutes, je reste devant le portail, à tenter de me raisonner. Il règne ici une atmosphère pesante, j’ignore si elle émane de la vieille maison devant moi, ou si c’est ma peur qui l’a créé. Finalement, je parviens à me calmer. Alors, je secoue une dernière fois les mains dans tous les sens, geste qui signifie chez moi le stress, avant d’ouvrir mon sac et d’en sortir l’appareil-photo. J’esquisse un léger sourire, pas très tranquille mais un sourire quand même. Tout cela m’intrigue. Je veux seulement en savoir plus. J’allume l’appareil, et appuie sur le bouton qui permet de filmer. Il produit une légère lumière, qui s’estompe immédiatement. J’allume la lampe de poche, et éclaire le sol devant moi. Je ne tiens pas à tomber ici. Ce serait stupide de s’arrêter là pour une blessure.
Petit à petit, je vois la distance entre la maison et moi se réduire. Je respire bruyamment, j’ai l’impression que tout le monde arrive à l’entendre. Mon regard se pose sur la porte. Elle est là, à un mètre de moi. Elle semble me tendre les bras. « Allez. Ouvre. » Prudemment, j’ouvre la porte, qui émet un grincement affreux. Je ferme les yeux, comme si le fait de ne pas voir annulera le bruit que je viens de faire. Je décide de rester là. Dans le couloir. J’ai peur d’aller dans les autres pièces. Et puis, je les ai déjà vues … Et puis l’escalier en face de moi a l’air tellement instable, je tomberais assurément si j’essayais j’aller à l’étage. J’essaye de trouver des raisons, aussi stupides soient-elles, à ce manque de courage. Un bruit me fait me redresser brusquement. J’entends des rires. Des tout petits rires. Des rires d’enfants, joyeux et insouciants. Je me raidis, et fais tourner l’appareil tout autour de moi. Mais je ne vois rien. Même ma lampe de poche ne me permet pas d’apercevoir quelque chose. Y aurait-il des enfants ici ?

« La-la la-la-la … La-la la-la-la … »

Une petite voix chantonne une comptine, sur un air qui m’est inconnu. Je sens mon cœur battre la chamade dans ma poitrine, et un pendant quelques secondes je songe à ouvrir la porte et à partir en courant. Ce serait tellement facile, elle est juste là, la porte. J’ai juste à tendre la main et à appuyer sur la poignée. Mais si je pars … Une porte claque, me tirant de mes pensées. J’aperçois une silhouette bleutée à l’étage. Elle semble m’ignorer royalement. Je retiens mon souffle. C’est la même que j’ai vu l’autre fois. Elle passe au travers d’un mur, puis disparaît de ma vue. Je suis soulagée qu’elle ne m’ait pas vue.
Il se passe plusieurs minutes dans le silence. Cela me rassure un peu. Cette maison semble pendant quelques instants inhabitée et parfaitement banale. J’avance lentement vers la pièce de droite, l’espèce de salle à manger-bibliothèque en désordre. La porte se referme derrière moi. Soudainement paniquée, je tambourine contre cette dernière et m’énerve sur la poignée. Je sens une larme couler sur ma joue. Je n’aurais peut-être pas dû revenir finalement … Et puis je la vois. Assise sur un fauteuil, elle me regarde. Ses yeux sont vides. Étonnamment vides. Une tasse se lève alors de la table, laissant tomber à terre la petite cuillère qui se baignait dedans. Elle est propulsée sur le mur à un mètre de moi, éclatant en morceaux. Aucun des fragments de verre de parvient jusqu’à moi. La porte d’un placard s’ouvre violemment. Son contenu, toutes sortes de nappes et de draps, s’étale à terre. Un livre, posé sur la table, s’envole lui aussi, et chute à mes pieds. Terrifiée, je tente de me protéger le visage avec mes mains, et bizarrement, malgré la table qui se vide peu à peu, rien ne me touche, rien ne me frôle. Je pleure à chaudes larmes, tout en continuant à forcer sur la poignée. Elle ne s’ouvre toujours pas. Je suis dans un état de stress et de peur total, si bien que mon cerveau semble avoir arrêté de fonctionner. Il m’est impossible de réfléchir ou de me raisonner, je n’arrive même plus à penser. Je finis par tomber au sol, me recroquevillant sur moi-même. Mon regard emplit de larmes croise pendant quelques secondes celui de la petite fille fantôme, toujours assise tranquillement sur le fauteuil. Elle semble étonnamment calme, presque béate même, malgré cette sorte de « chaos » qui nous entoure. Elle me fixe, indifférente.

« Eh … »

Un minuscule son s’échappe de ma bouche. Minuscule, presque inaudible. Et pourtant, elle semble avoir été plongée dans une rage folle. Son regard se durcit, et un grognement rauque et grave se fait entendre. Après avoir renversé la table sans y poser un doigt, avec cette force surpuissante et invisible qu’elle doit utiliser depuis tout à l’heure, c’est une chaise qui entre en lévitation et qui se dirige droit sur moi. Alors que je me relève pour y échapper, c’est le meuble qui dévie brusquement à ma droite et qui va s’écraser dans un coin. La porte s’ouvre à toute volée, manquant de m’assommer au passage. Je reste pétrifiée quelques instants, jusqu’à ce qu’une voix grave résonne dans mes oreilles.

« Sors de là ! »

Je ne peux réprimer un frisson. Alors que je me précipite vers la porte, qui n’est qu’à deux pas de moi, je vois une silhouette à peine plus grande que moi juste à la sortie. Je me mets à hurler.

« Ah ! »

Un cri suraigu sort effectivement de ma bouche, tandis que je me plaque contre le mur opposé. Je me cogne la tête contre un cadre, le faisant tomber devant mes pieds. Je reprends immédiatement ma course vers la porte d’entrée, sans demander mon reste. Je la claque derrière moi et cours à travers le jardin.


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Ven 15 Aoû 2014 - 4:53

CHAPITRE 4

« Mademoiselle Roth ? »

Je sursaute presque. La voix de mon professeur de maths retentit dans la classe, et une trentaine de têtes se retourne vers moi. Je me redresse et relève la tête. Oui, c’est vrai, je n’ai pas écouté …

« Vous pouvez répéter ce que je viens de dire ? » me demande-t-il, question traditionnelle destinée aux élèves qui ne sont pas attentifs.

Je regarde un instant les lignes de calculs écrites au tableau, mais je ne parviens pas à y trouver un sens. Je baisse la tête, légèrement honteuse. Le prof finit par interroger quelqu’un d’autre. Je n’arrive décidément pas à me concentrer. En même temps, je n’ai pas dormi de la nuit, et mes paupières se ferment maintenant toutes seules. Je lutte comme je peux, mais la fatigue et l’ennui en même temps … Ça endort. J’ai essayé toute la nuit de trouver le sommeil, mais j’avais bien trop peur. Alors, barricadée dans ma chambre, j’ai attendu sept heures du matin en regardant la télé … Et la vidéo que j’ai faite. On n’y voit pas grand-chose, c’est dommage. Le début est parfaitement net, puis quand je suis entrée dans la salle à manger-bibliothèque et quand j’ai commencé à paniquer, on n’y voit plus grand-chose. Mais en regardant au ralenti, ou alors en appuyant sur « Pause » toutes les cinq secondes, c’est possible de voir comment s’est passée la scène. C’était horrible. Non, pire, il n’y a même pas de mot pour décrire ça. Cette petite fille, elle a l’air parfaitement innocente, mais elle est diabolique ! Moi j’étais terrifiée, et elle ça la faisait presque rire ! Peut-être que c’était elle qui avait rigolé ou chanté aussi au début. J’essaye d’associer ces événements les uns avec les autres, mais je ne peux que supposer, en fait. Et puis il y a le garçon que j’ai vu en sortant de la pièce. En regardant la vidéo, j’ai remarqué que je n’ai filmé que ses pieds. Mais j’ai bien son visage imprimé dans ma tête. Vu comme il m’a fait peur, je ne suis pas prête de l’oublier ! Peut-être que c’était lui qui m’a dit de sortir ? Je n’en sais rien, et ça m’énerve. J’ai besoin de savoir certaines choses. Le mystère, le suspens, très peu pour moi.

« Hé, t’endors pas hein ! »

La tête appuyée contre ma main, je regarde mon interlocuteur. C’est Lucas, qui est à la table d’à côté. On parle parfois, mais on n’est pas vraiment amis. C’est comme avec Lucie, elle est super gentille et on discute souvent ensemble, mais peut-on réellement dire que nous sommes amies ? Après tout, je ne suis ici que depuis quelques jours. Il faut plus que ça pour connaître les gens … Non ?

***
C’est la fin des cours. Il est dix-sept heures trente. Mon sac sur une épaule, je rentre chez moi. Comme à chaque fois, je passe devant la maison. Je m’y arrête quelques instants, tentant d’apercevoir quelque chose ou quelqu’un à travers les fenêtres. Je suis bien trop loin, mais on ne sait jamais. Et puis finalement, j’ai envie d’aller voir. Juste à la fenêtre, sans rentrer. Alors, pour la troisième fois en quelques jours, j’avance prudemment à travers le jardin, j’évite soigneusement les bout de bois qui traînent par terre. Je monte discrètement les trois marches qui mènent au perron, je contourne agilement le vieux rocking-chair. J’accède à la fenêtre, et plisse les yeux pour voir à l’intérieur. Il n’y a rien. Juste le couloir, comme il était hier, et comme il a sûrement été pendant un moment.

« Waouh. T’es encore là, toi ? »

Je sursaute, et me retourne. Là, assit sur le fauteuil à bascule. Je recule de quelques pas, paniquée.

« Hé, t’enfuis pas comme ça ! »

Même si son ton n’est absolument pas autoritaire, je prends ça pour un ordre et m’arrête aussitôt. C’est lui. Celui que j’ai vu hier soir, en tentant de prendre la fuite. Celui qu’il m’a dit « Sors de là ! » et qui a failli me faire faire une crise cardiaque. Il est, comme la petite fille dont j’ignore le nom, d’une étrange transparence. Le vent ne fait pas bouger ses cheveux bruns, même s’il est décoiffé comme s’il venait de se lever. Ses yeux foncés ne clignent pas. Il pose sa cheville droite sur son genou gauche, et remonte sa main jusqu’à sa joue, sur laquelle il appuie sa tête. Il a l’air parfaitement détendu. Ce n’est pas mon cas. Je tente de bredouiller un mot :

« Je … Désolée, je … »

Il se redresse, les deux mains posées sur les accoudoirs, et m’inspecte de bas en haut.

« Qu’est-ce que tu fais là ? Tu tiens peut-être à te prendre une chaise dans la tête ? Eloïse n’est pas une personne des plus sympathiques, je pense que tu l’as deviné. »

Eloïse ? C’est sûrement la fille. Je hoche la tête, me cramponnant à la rampe d’escalier qui borde les trois marches. Je ne tiens pas trop debout, je fais un pas sur le côté et manque de tomber.

« Je te déconseille de rester immobile dans l’herbe, vu le nombre d’années que ce jardin n’a pas été tondu, ça ne m’étonnerait même pas qu’une ou deux couleuvres l’aient choisit comme lieu de vie. »

Sans le quitter des yeux, je remonte d’une marche, et fais un pas vers lui. Il n’a pas l’air méchant, en fait. Même si son ton est un peu moqueur, il a l’air parfaitement calme.

« Qu’est-ce que tu fais là ? » répète-t-il, en se penchant légèrement vers moi.

Je ne sais absolument pas quoi dire, étant donné que moi non plus, je ne le sais pas. Je suis venue sans réfléchir. Je hausse maladroitement les épaules, et esquisse un sourire gêné.

« Je … Je n’en sais rien … »

Il pousse un soupir, et pendant un instant, je crois l’énerver. Mais non.

« Ce n’est pas que cela me dérange … Mais je te déconseillerais de venir ici. Je n’ai rien contre toi, et à vrai dire je m’en fiche pas mal que tu mettes les pieds ici, mais ce n’est pas le cas de tout le monde, tu vois ? » m’explique t-il.

Je hoche lentement la tête, sans le quitter des yeux. Effectivement, j’ai cru deviner que je n’étais pas la bienvenue …

« Comment tu t’appelles ?
-Lizzy.
» dis-je en lui coupant quasiment la parole.

Il m’effraye énormément, même si son calme apparent et sa tranquillité certaine devraient plutôt me rassurer. J’ai comme un poids sur la poitrine qui m’empêche de respirer ou de faire de longues phrases. Je n’arrive pas à détacher mon regard de lui, comme si le fixer allait le priver de tout mouvement. Je suis comme ces petits animaux au milieu de la route, qui regardent intensément les phares de la voiture qui arrive au lieu de fuir.

« Moi c’est Aaron. »

Il ajoute, sûrement en voyant mon regard interloqué :

« Je ne vois pas pourquoi je te le cacherais ! »

Et là, il éclate d’un rire qui me fait frissonner, comme les petits gloussements que j’ai entendus hier soir. Alors, je rigole moi aussi, nerveusement, parce que je n’ai rien d’autre à dire … Et qu’il faut toujours rire quand quelqu’un dont on se méfie est pris d’un fou-rire. Quand finalement il se calme, il change une fois de plus de position sur le vieux rocking-chair. Décidément, il ne tient pas en place.

« Ne reviens pas par ici, Lizzy. » m’ordonne t-il avec sérieux.

Il est tellement autoritaire dans ses paroles que je n’ose tout d’abord pas le contredire. Mes jambes tremblent et menacent de fondre sous mon poids. Avec la peur, j’ai l’impression de prendre une centaine de kilos.

« Pourquoi ? » réussi-je finalement à articuler, d’une voix plus faible que je l’avais espéré.

Il attend quelques secondes avant de me répondre. Il n’a pas l’air de chercher ce qu’il va dire, non. On dirait juste qu’il veut me faire attendre. Pour le pur plaisir de me voir pendue à ses lèvres.

« Passe par la porte de derrière. » dit-il enfin avec un large sourire.

Qu’est-ce que ça veut dire, ça ? Un silence s’installe, et je cherche à tout prix comment y mettre fin. J’ai finalement détourné le regard, mais je sens bien qu’il me fixe toujours. Sans doute attend-t-il une quelconque réponse. Mais moi, je ne sais pas comment je dois comprendre ces paroles. Est-ce que je dois revenir ? Est-ce que je peux revenir ? Mes yeux se portent alors sur ma montre, que je regarde sans pour autant lire l’heure.

« Je suis désolée, je dois y aller.
-Bye.
» murmure-t-il en levant la main.

Je lui tourne le dos, et descends les trois marches qui me séparent de l’herbe du jardin. Je fais quelques pas, avant de faire volte-face. Aaron n’est plus là, et le fauteuil se balance doucement en un grincement insupportable.


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Ven 15 Aoû 2014 - 4:53

[size=32]CHAPITRE 5[/size]
C’est bizarre. Cet étrange sentiment qui me pousse encore et encore à me faire peur … C’est bizarre. Quand l’idée d’y retourner m’a traversé l’esprit tout à l’heure, j’ai cru que je commençais à devenir folle. C’est une drôle de sensation, ça, de savoir qu’on fait n’importe quoi mais de continuer quand même, avec toujours plus de détermination. C’est dur à décrire. J’ai l’impression de foncer dans un mur, de courir vers lui avec un sourire. Etrangement, je n’ai pas l’impression d’être en danger, dans cette maison. La dernière fois, même si je n’ai jamais eu aussi peur de ma vie, je dois admettre qu’aucun objet ne m’a blessée, ni même touchée. J’ignore si Aaron y est pour quelque chose, il faudrait que je lui demande, si j’ose. Parce qu’il faut le dire, j’étais terrorisée. Si on m’avait dit un jour que je parlerais à un fantôme, je ne l’aurais pas cru. Et pourtant … C’est curieusement étrange, quand même. Il y a une grande différence entre lui et Eloïse, mais j’ai tellement peur de l’énerver, de l’agacer, et qu’il se mette à réagir comme Eloïse … Il n’a pas l’air comme ça pourtant, mais qu’est-ce que j’en sais ? Je lui ai parlé trois minutes et terrifiée comme j’étais, il aurait pu me faire gober n’importe quoi. J’espère malgré tout qu’il était sincère. Ce serait bien, s’il l’était. Et si j’arrivais à placer un mot, encore mieux. Quand j’imagine tout ce qu’il me serait possible de savoir, grâce à lui …
« Allez, ouvre cette porte, Lizzy. » Après cet ordre silencieux, je pose ma main sur la poignée. La porte est en bois clair, avec une petite fenêtre. Celle-ci est bordée d’un petit rideau rouge à carreaux rongé par les mites de chaque côté. Je m’appuis un instant contre la fenêtre pour tenter de voir au travers. Il fait nuit, donc j’éclaire la pièce avec la lampe frontale que j’ai trouvée chez moi en fouillant un peu. Il y a une table au centre, entourée de quatre chaises, de gros plans de travail placés en U, et une très vieille gazinière. Je suis à la porte de derrière, comme je l’avais dit Aaron. « Allez, Lizzy, ouvre. » J’inspire un grand coup, puis ouvre doucement la porte. Elle grince, et je ne peux contenir un frisson. Je le referme derrière moi, et appuie sur l’interrupteur à ma droite. Une lumière grésille, clignote un peu, puis s’allume et me permet d’y voir plus clair. Il y a des plats sales dans l’évier et de la poussière partout. Je déconseillerais à quiconque de toucher à la table, qui est pleine de taches de je-ne-sais-quoi recouvertes d’une bonne dose de poussière également. On dirait qu’il n’y a personne … Je n’entends pas un bruit. Alors, je fais un petit tour sur moi-même, pour tout bien filmer. Je ne suis pas prête d’oublier, mais une vidéo, c’est tout de même plus précis que mes souvenirs. Même si je suis très angoissée, que j’ai une certaine appréhension, et que mon cœur semble sur le point d’exploser, je ne regrette pas d’être venue.
Une chaise se décale légèrement sur le côté, toute seule. Je fais un peu en arrière, pas très rassurée. Ma main, que je dois garder plus ou moins levée pour continuer à filmer, commence à trembler. Une cuillère en bois posée sur la table s’élève dans les airs, et fonce dans le mur à côté de moi. C’est ensuite au tour d’une pile d’assiette de se casser sur le carrelage qui recouvre le sol. L’enfer recommence. J’attrape la poignée et tente d’ouvrir la porte. Elle est verrouillée. Encore. Je me retourne, collée contre la porte. Il ne sert plus à rien d’essayer de l’ouvrir. Haletante et les yeux plein de larmes, je regarde l’autre porte. J’aimerais partir, mais je devrais frôler la chaise … Je ne peux plus bouger. Un bol sort de l’évier et se met à voltiger. Il n’a pas le temps de faire trois mètre qu’il s’écrase au sol, alors que la porte s’ouvre brusquement. Une jeune fille entre dans la pièce, et le silence se fait de marbre. Elle lévite à une dizaine de centimètres du sol et ses pieds ne bougent pas. Silencieuse, elle se dirige vers les placards, en ouvre un, puis en sort une boîte de céréales. Elle repart comme elle est arrivée, fixée sur son but sans faire attention au reste.
Des larmes coulent sur mes joues, et mes jambes tremblent horriblement. J’ai l’impression que les battements de mon cœur résonnent dans mes oreilles, ce qui est particulièrement désagréable. Je m’appuie sur la poignée pour réussir à tenir debout. Mes yeux refusent de cligner, ils sont rivés sur la chaise. Un tiroir s’ouvre, et un couteau en sort. Alors là, c’est trop ! Je me précipite vers la seconde porte qui doit mener à une autre pièce. On m’attrape le bras. Là, juste à côté de la chaise. Ce contact est froid, glacé. Alors que je me débats, je sens la pression grandir, puis me lâcher brusquement. Un éclat de rire se fait entendre. Un rire familier. Une silhouette se matérialise sur la chaise, et je reconnais Aaron, plié en deux, qui rit aux éclats.

« T’aurais dû voir ta tête ! » articule-t-il, entre deux gloussements. « C’était trop trop drôle ! »

Je ne bouge pas. Je ne dis rien. Je le regarde juste rire presque couché sur la table. Je ne sais pas à quoi penser. Ma tête est vide. Je sanglote sans bruit, adossée contre le mur. Mes mains viennent recouvrir mon visage, et je m’accorde quelques secondes sans voir.

« Hé, pleure pas … »

Aaron a cessé de rire. Il s’est levé, et me regarde d’un air désolé.

« J’voulais pas te faire peur à ce point-là … » murmure-t-il en regardant le carrelage au sol.

Ce gars-là est taré. Il ne veut pas me faire peur, mais il fait exprès de m’enfermer dans une pièce et de faire voler des objets. Il sait très bien qu’Eloïse a fait pareil avec moi, et je suis certaine qu’il sait aussi que ça m’a terrifiée. Je lui lance un regard noir, sans un mot.

« Désolé. » dit-il. « Sincèrement. »

Je lève la tête vers lui. Il ne sourit plus. C’est fou comme il a changé d’expression en moins d’une minute … Je m’essuie les yeux du revers de la main

« C’est pas grave. »

Je ne le pense pas, mais je ne tiens pas à me le mettre à dos. Contrarier un esprit, c’est un peu jouer avec le feu. Personnellement, je ne m’y tenterais pas. Le silence refait son apparition. « Plic. Plac. Plic. Plac. » Ce sont les gouttes d’eau qui tombent dans l’évier. Suivant mon regard, Aaron s’avance vers la source du bruit et ferme le robinet. Il esquisse un pâle sourire.

« Tu viens ? lance-t-il en se dirigeant vers la porte.
-Où ça ? »

Il hausse les épaules.

« J’sais pas. Si tu veux voir comment c’est. »

Je ne sais même pas pourquoi je suis venue. L’appareil photo, qui était censé filmer, je l’ai éteins depuis longtemps. Je hausse les épaules et le suis en silence. La porte s’ouvre sur un long couloir. Les murs sont chargés de cadres plein de photos ou de tableaux, alors que le sol en parquet sombre est recouvert d’un tapis à motifs anciens. Il y a une porte tout au bout, et une sur chaque mur, sans compter celle par laquelle je sors. Aaron me mène à droite. Je n’aime pas la droite.
Au centre de la pièce se trouve un bureau imposant, sur lequel sont posés beaucoup de papiers et de livres. Il y a d’ailleurs une bibliothèque pleine de manuscrits anciens. C’est le cliché parfait des vieux bureaux comme on voit dans les films, avec le petit pot d’encre noire et la plume trônant sur le meuble au centre. Il y a même un petit canapé, sur lequel Aaron est déjà affalé comme s’il mourrait de fatigue. Il baille, puis s’étire, se redressant sur la causeuse. Je baille moi aussi. C’est contagieux.

« C’est là que … » commence-t-il.

La poignée se baisse, et la porte s’ouvre.


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Ven 15 Aoû 2014 - 4:54

J'adore! Continu! On a envie d'en savoir plus, ou en tout cas moi.


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Ven 15 Aoû 2014 - 4:55

CHAPITRE 6
Je fais un ou deux pas en arrière, tandis qu’Aaron se relève. La porte est à peine entrebâillée et il va l’ouvrir. Je ne saurais dire s’il est effrayé lui aussi par cette situation ou non. Après tout, il vit ici, et c’est lui-même un fantôme … Quoique. Il ne m’a jamais dit qu’il habite là. Je ne sais rien de lui, en fait. Mais ce n’est pas le moment de poser des questions.

« Ah, tiens … Bonsoir … » l’entend-je dire.

Il se tient devant l’embrasure de la porte, mais il ne m’empêche en aucun cas de voir son interlocuteur. Enfin, interlocutrice. C’est Eloïse. Elle semble trop occupée avec Aaron pour me remarquer pour l’instant. A côté de lui, elle est ridiculement petite, tant et si bien qu’elle doit presque reculer d’un pas pour le regarder dans les yeux. Ça pourrait être drôle, dans des conditions différentes.

« Bonsoir. » lui répond-t-elle finalement, avec un sourire angélique. « Tu n’aurais pas vu Shewy ? »

Aaron se penche en arrière pour regarder sur le canapé, puis se retourne tout de suite vers Eloïse.

« Non, elle n’est pas ici, désolé ! » s’excuse-t-il, tout penaud.

La petite fille fait la moue, puis quitte la pièce sans me remarquer. Pendant quelques instants, j’oublie la furie qui lançait des objets à travers la pièce, pour ne voir qu’une enfant innocente. Elle a l’air si calme et si posée, tout d’un coup ! Et un peu aveugle, aussi. Mais rien de tout cela ne me dérange. Aaron referme la porte en un soupir, et pose son doigt sur ses lèvres pour me dire de ne pas faire de bruit. Les yeux dans le vague, presque collé à la porte, je suppose qu’il essaye d’entendre si Eloïse est partie. Finalement, il revient vers moi.

« Elle ne t’a pas vue. T’as eu de la chance. »

Je hoche la tête, le souffle court. J’entends un peu de bruit à côté, le bruit d’une maison habitée, tout simplement. D’une maison où nous ne sommes pas seuls. Une fois de plus, je me laisse envahir par les questions. Combien de personnes y-a-t-il, ici ? Quel âge ont-ils ? Quand ont-ils vécu ? Qu’est-ce que ça fait d’être un fantôme ? Est-ce qu’ils sont condamnés à errer ici jusqu’à la fin des temps ? Est-ce que quand je mourrais, je serais toujours dans ma maison aussi ? Est-ce que c’est chez eux, d’ailleurs ? Tout ceci est tellement étrange, excitant, et malgré tout un peu effrayant. Et pourtant, j’aimerais tout savoir.

« Qui est Shewy ? »

Je me décide finalement à poser cette question, bien que ce soit celle qui me tracasse le moins, sans aucun doute.

« C’est une … amie d’Eloïse. Oui, on peut dire ça. répond Aaron, qui a l’air de rester sur ses gardes.
-D’accord. »

J’hésite à lui poser d’autres questions, en pensant que cette occasion ne se reproduira peut-être pas deux fois, quand il s’approche de moi et me prend par l’épaule. Je ne sens pas vraiment sa main en fait, plutôt la pression qu’il exerce sur moi pour que j’avance. C’est froid. Je fais quelques pas.

« Assieds-toi. me dit-il, en me lâchant devant le canapé.
-Pourquoi ? »

Je le questionne mais j’obéis tout de même. Il fait quelques pas vers la porte, et se tourne vers moi.

« Oh, juste comme ça. T’as l’air pétrifiée dans ton coin depuis tout à l’heure. Mets-toi à l’aise. Je reviens dans deux minutes, d’accord ? »

Sans me laisser le temps de protester, il quitte la pièce en refermant la porte derrière lui. Je balaye la pièce du regard, méfiante. Je dois admettre que j’étais plus rassurée quand il était là. J’essaye de me faire la plus petite possible, et je tente de respirer sans bruit, tout en espérant qu’Aaron va revenir vite. Le silence est revenu, il est juste brisé chaque seconde par le léger « tic-tac » de l’imposante horloge dans un coin de la pièce. Vingt-trois heures trente et une. Depuis combien de temps est-il parti ? Une minute ? Finalement, il revient, et me fait signe d’approcher.

« Viens, fais pas de bruit. » chuchote-t-il en ressortant dans le couloir.

Il ouvre la porte d’en face, et me fait entrer la première. Ça m’a bien l’air d’être une chambre. Tout est rose ici, y compris le papier-peint à bandes verticales. Un lit trône au milieu de la pièce, avec une petite table de nuit de chaque côté. A en juger par les robes qui traînent un peu partout, je suis prête à parier que c’est la chambre d’une fille. Et dès que la porte se referme, je me retrouve planquée contre le mur.

« Aaaaaaah, copiiiiiiiiiiine ! » hurle d’une voix suraiguë la personne qui me retient.

J’aperçois devant moi une fille qui doit être un peu plus jeune que moi. Aaron la pousse doucement pour qu’elle me lâche.

« Kelly, calme-toi. » murmure-t-il en l’entraînant un peu en arrière pour l’assoir sur le lit.

La dénommée Kelly se laisse faire, en tentant de calmer sa respiration haletante. Elle tourne la tête vers moi, les yeux brillants. A moitié rassurée, je fais un pas. Elle m’inquiète un peu cette fille, quand même. Ses cheveux bruns foncés sont rattachés en un chignon décoiffé. Ses mains s’agrippent à la couverture rose clair de son lit. Elle secoue nerveusement son pied droit, faisant bouger sa longue robe jaune. Un immense sourire couvre son visage. Je la vois qui me fixe avec insistance, et j’esquisse un sourire gêné.

« Hum … Bonjour. »

« C’est la nuit, imbécile. » me dis-je alors.

« Saluuuut ! » s’écrit-elle en agitant la main.

Elle semble avoir du mal à garder son calme, mais elle n’a pas l’air méchante. On dirait qu’elle ne peut pas s’empêcher de bouger, parce qu’Aaron la retient fermement assise.

« Je te présente Kelly … Elle est ravie de te rencontrer, tu vois ! »

Il rit un peu, visiblement embarrassé.

« Oui, je suis trop contente ! »

Je rougis, et jette un coup d’œil vers Aaron qui lève les yeux au ciel en souriant. Il a l’air à la fois exaspéré et amusé par le comportement de Kelly. Je me décide finalement à venir m’assoir à côté d’elle. La jeune fille fantôme s’accroche à moi.

« Je suis super contente de te connaître, Lizzy, c’est trop génial ! Dis, tu vas revenir, hein ? On pourra être amiiiies ! Tu as quel âge ? T’as pas peur de venir ici ? C’est rare que les gens reviennent ! Tu aimes ma chambre ? C’est joli, non ? Moi j’adore le rose ! Aaron dit qu’il y en a trop, mais moi je trouve ça très joli ! »


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Ven 15 Aoû 2014 - 4:56

CHAPITRE 7

Je remonte la couverture jusqu’à mon cou, me blottissant contre mon coussin. Je viens de me réveiller, et j’essaye de me rendormir. On est samedi aujourd’hui, je peux enfin faire la grasse-matinée. Depuis qu’on est arrivées ici, je ne dors pas assez. Oh, je ne m’en plains pas, c’est uniquement de ma faute. C’est juste que, comme tout le monde je pense, je ne serais pas contre quelques heures de sommeil en plus … Je m’étire, et me tourne vers mon réveil. Il est onze heures seize. Un des avantages d’une mère qui travaille de nuit, c’est qu’elle ne va pas me réveiller à sept heures tapantes le samedi matin pour aller faire je-ne-sais quoi : elle dort. Je referme les yeux et tente de replonger dans le sommeil. Mais je n’y arrive pas. Maintenant que j’ai commencé à réfléchir, je ne peux plus m’arrêter et ça m’empêche de dormir. Alors je traîne encore cinq minutes, avant de m’asseoir sur mon lit. J’aime beaucoup ma chambre, elle est bien mieux que celle que j’avais avant. Elle est plus grande, et surtout il y a deux fenêtres ! Je vais d’ailleurs ouvrir les volets. Il fait beau, aujourd’hui. On se croirait dans un film joyeux –parce que dans les films tristes, ça le fait pas s’il y a un grand soleil à la fenêtre, mais ça c’est une autre histoire. Je baille, encore à moitié endormie, avant de sortir de la pièce. Je passe sur la pointe des pieds devant la chambre de ma mère, et entrouvre la porte. Je vois sa silhouette allongée sur le lit. Alors je la referme sans bruit.
Je descends les marches quatre à quatre, légère comme une plume. Je suis de bonne humeur aujourd’hui ! J’entre dans la cuisine, et mets en route la cafetière. Je n’aime pas le café, ou juste avec beaucoup, beaucoup de lait, genre une tasse de lait pour une cuillère de café, mais ma mère en boit tous les matins. Même si ce n’est plus trop le matin. Je prends un verre et du jus d’orange et les dépose sur la table. J’ouvre le placard, pour trouver quelque chose de comestible. Ma mère est très désordonnée, et le déménagement n’arrange rien : si ma chambre est parfaitement en ordre, il y a des cartons dans toutes les autres pièces, partiellement vidés ou remplis de certaines choses. Tout ça pour dire que vu l’organisation de ma mère, je suis habituée à retrouver n’importe quoi dans les placards. Je me dresse sur la pointe des pieds pour repousser un paquet de gâteaux, quand un couteau tombe sur le plan de travail. Je soupire, et vais chercher une chaise. Je ne suis pas spécialement petite, mais les placards de la cuisine sont hauts, c’est tout. Je trouve finalement toute une panoplie de couverts qui n’ont rien à faire là, et les range à leur place. Je prends les céréales, bien qu’à vrai dire je n’ai pas spécialement faim, et je m’installe à la table de la cuisine. Je me contente de picorer quelques céréales, juste pour manger quelque chose, perdue dans mes pensées. La soirée d’hier m’a prouvé que j’ai bien fait d’y retourner. C’était bien. Même si Kelly est une personne très bizarre. Elle parle tout le temps, très, très vite, et elle doit absolument bouger toutes les trois secondes. Mais elle n’est vraiment pas méchante en fait, même si elle fait un peu peur parfois. Elle m’a suppliée de revenir ce soir, mais étant donné que ma mère sera à la maison, ce n’est pas possible. Ça l’a déçue. Moi aussi. Mais ma mère, même si elle n’est pas du tout sévère, à cheval sur les règles ni quoi que ce soit, ne m’autoriserait jamais à sortir seule la nuit, en plus si c’est pour aller dans une maison hantée ! Déjà, elle priverait de sortie à vie. Et si je lui racontais tout, elle me prendrait pour une folle et me ferait consulter sans doute un bon nombre de psychologues qui me seraient inutiles. Mais bon, je pense que je ferais pareil si un jour ma fille m’avouait quelque chose comme ça. C’est une réaction normale, je pense. C’est donc le genre de choses que je cache à ma mère, et j’espère qu’elle ne le découvrira pas. Ou alors quand j’aurais trente-cinq ans et que j’aurais quitté la maison depuis longtemps. La voilà d’ailleurs qui descend les marches, en chemise de nuit.

« Bonjour, ma chérie. me dit-elle, encore un peu endormie.
-Salut M’man. »

Elle m’embrasse sur la joue.

« Bien dormi ? demande-t-elle.
-Oui, oui, et toi ? »

Elle hoche la tête, et je m’éclipse discrètement dans ma chambre. Je n’aime pas traîner le matin. On perd déjà suffisamment de temps à dormir, et en plus, quand on dort on ne se rend même pas compte du temps qui passe. Je prends une douche, je m’habille, je me lave les dents, je fais en sorte d’être présentable … Je regarde mon portable : aucun message. Je comprends que mes « amis » d’ici ne m’aient pas envoyé de message, mais mes amis de mon ancienne ville –de mon ancienne vie, on pourrait dire- auraient pu prendre de mes nouvelles … C’est très égoïste de penser ça, je le reconnais, mais … Je ne sais pas. Je m’assieds sur ma chaise de bureau, et la fait tourner sur elle-même. Quand j’étais petite, mon père avait une chaise comme celle-ci, et c’était pour moi un vrai manège. Je souris. Ce n’est plus rien, maintenant, juste un souvenir.
Je fais rouler la chaise jusqu’à mon sac de cours, et en sors mon agenda. Je n’ai pas beaucoup de devoirs, cela peut attendre. Bizarrement, je m’ennuie un peu. Je devrais avoir une tonne de choses à faire, pour une fois que j’ai le temps. Mais non. En fait, la présence de Kelly et d’Aaron me manque un peu. Je les connais à peine, et je ne sais pas grand-chose d’eux. C’est stupide. « Comment peut-on s’attacher à quelqu’un de mort ? » Je regrette aussitôt cette pensée. Ce sont des gens normaux, des gens comme vous et moi au final … Enfin à peu près. Et puis, on peut s’attacher à n’importe quoi. Après tout, on dit « J’aime ci, j’aime ça … », et même pour des objets.
Ceci dit, je reste un peu méfiante. J’ai fait énormément de recherches, et j’ai souvent trouvé que les esprits pouvaient être dangereux, pour des histoires de possessions par exemple. J’ai même regardé une vidéo, et c’est vraiment effrayant. Je me demande si ce n’est pas une technique, ça. Être sympa avec moi, me dire de revenir, et tout, et tout, juste pour me posséder. Je ne sais pas vraiment à quoi ça servirait, puisque je pense qu’ils sont capables de le faire n’importe quand. Mais peut-être que ça les amuse, je n’en sais rien. Et ça m’énerve, de ne rien savoir. J’espère juste que ce n’est pas ce qu’ils ont derrière la tête.
Finalement, je me relève et sort de la chambre. S’il y a bien un avantage à vivre à deux dans une maison plutôt grande, c’est qu’il y a des pièces en plus. Dont une petite bibliothèque. Ma mère voulait être bibliothécaire quand elle était petite, et cette passion pour les livres lui est restée. Et elle me l’a transmise. Nous avons donc une pièce pleine de grands meubles à étagères et de cartons pleins de livres. Et comme je sais très bien que ma mère ne rangera rien … J’entre dans la pièce, et allume la lumière. J’ai déjà commencé à ranger un peu, mais les ouvrages sont nombreux et j’aime tout trier méthodiquement : j’ai fait de nombreuses piles « romans policiers », « documentaires » ou encore « recueil de poésies » qu’il me reste à ranger sur les étagères. Je continue donc à vider les cartons pour finir mes piles, ce qui est assez rapide finalement : j’ai déjà lu un bon nombre de ces livres, et je n’ai aucun mal à les classer. Mais très vite, cette occupation commence à m’ennuyer. C’est surtout que je suis légèrement découragée par le nombre de cartons qu’il y a.

« Lizzyyyyyyyyyyyy ! » hurle ma mère, depuis le salon.

Heureuse d’avoir enfin une autre distraction, je me relève et sort immédiatement de la bibliothèque. En général, quand ma mère crie mon prénom comme ça, c’est soit que je dois venir manger, soit que j’ai fait une bêtise. Selon la gravité, elle peut m’appeler juste « Lizzy », « Lizzy Roth », voire, si j’ai tué quelqu’un ou si je viens de me disputer avec elle, « Lizzy Gabrielle Roth », tout en sachant bien que j’ai horreur de mon deuxième prénom. Mais bon, elle n’a pas l’air énervée.

« Oui ? » dis-je en descendant les marches quatre à quatre.

Je la trouve en train de farfouiller dans les placards, la table déjà mise.

« Tu n’aurais pas vu le sel ? »

C’est à partir de cette simple question que se lance la plus grande recherche de sel de tous les temps, suivie des retrouvailles avec le sel dans la salle de bain. Au final, nous mangeons les pâtes froides.



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Ven 15 Aoû 2014 - 4:56

CHAPITRE 8
Pliée de rire, je m’écroule sur le lit, tentant d’étouffer mes gloussements. A côté de moi, Kelly rit aux éclats, visiblement contente de l’effet de sa petite anecdote. Ses yeux sont exorbités, on dirait qu’elle n’a pas dormit depuis une semaine. Ses cheveux, qui retombent sagement sur ses épaules, lui donnent un air plus calme que ce qu’elle n’est. Son immense sourire habituel recouvre son visage, dévoilant ses dents d’une blancheur éclatante. Je me redresse sur la couverture rose qui borde son lit, en prenant une grande inspiration pour me calmer. Dès que je croise ses yeux vert foncé, nous repartons dans un fou rire étouffé. Kelly est vraiment drôle. En fait, elle a surtout des trucs biens à raconter. J’entends trois petits coups sur le mur qui donne sur le couloir, ce qui me force à arrêter de rire.

« Fous le camp, et arrête d’écouter aux portes ! » s’écrie Kelly, qui tente d’avoir l’air énervée.

Une vague de rire reprend le dessus, et elle s’écroule sur son lit. Aaron déboule alors dans la pièce, et se penche au-dessus de Kelly, qui se tord de rire. Je retrouve aussitôt mon sérieux.

« Vous allez arrêter de vous moquer de moi ?! » râle-t-il, et c’est la première fois que je l’entends crier.

Kelly a l’air de se ficher royalement de ce qu’il vient de dire. C’est vrai qu’il n’a pas vraiment l’air énervé, on dirait qu’il se force plus qu’autre chose. Elle le défi du regard, avec un sourire provocateur.

« Non, mon petit Aaron, j’ai encore plein de trucs que j’ai très, très envie de raconter à Lizzy ! (Un gloussement de sa part interrompt ses paroles) Et puis, c’est toi qui me l’as présentée, tu devais être sûr que j’allais lui donner des informations compromettantes sur toi ! » réplique-t-elle, avec ce que l’on pourrait appeler chez elle « un sérieux déconcertant ».

En effet, depuis une heure je l’entends parler, et elle a du mal à aligner deux phrases sans s’éparpiller. Ceci dit, sa bonne humeur est très communicative.

« Oh, calme-toi, je te signale juste que j’ai quatre ans de plus que toi, mm ? J’ai pas mal de trucs à raconter à Lizzy, moi aussi. Elle serait ravie d’entendre tous les détails de la fois où tu … »

Kelly se lève brusquement et le pousse vers la porte, l’interrompant aussitôt. Un sourire satisfait sur le visage, Aaron se laisse traîner vers la porte, puis s’accroche à la poignée. Il empêche Kelly de l’enfermer dehors, ce qui ne doit pas être très dur : elle lui arrive à peine aux épaules et elle est toujours en plein fou rire.

« Calmez-vous, s’il vous plaît. Vous dérangez tout le monde. » conclut-il.

Je déglutis avec difficulté. Je préfèrerais ne me mettre personne à dos.

« Oui, on ne fera pas de bruit. dis-je d’une petite voix qui me ressemble peu.
-Oui, bien sûûûûûûr, Aaron ! » s’exclame Kelly d’une voix mielleuse, avant de lui claquer la porte au nez.

Elle revient vers moi en reprenant son débit de parole habituel : à la limite de l’incompréhensible.

« Pff, mon imbécile de frère ! Il se croit trop malin parce qu’il est plus grand que moi, mais c’est un vrai gamin ! affirme-t-elle, en atterrissant à genoux sur son lit. Comment ça va ? Tu veux faire quoi maintenant ? On peut continuer à rigoler, tout le monde s’en fiche, tu sais ! Ou, non, je sais, je vais … »

Sans terminer sa phrase, elle se remet à rire. J’ai du mal à comprendre tout ce qu’elle dit quand elle parle aussi vite, aussi je mets quelques secondes avant d’analyser ce qu’elle raconte.

« C’est ton frère ?! »

Ils ne se ressemblent pas du tout ! Je pensais qu’ils étaient amis.

« Mais oui, c’est mon frère, idiote ! Tu crois quand même pas que je supporterais quelqu’un d’aussi con tous les jours si on n’avait aucun lien de parenté ? Non, non, non ! C’est mon grand frère depuis … depuis … bah, depuis toujours ! Ha ha ha ! »

Je souris. Même si je viens de me faire traiter d’idiote, je ne pense pas que ce soit un réelle critique de la part de Kelly. Celle-ci se relève brusquement. Même si elle a l’air d’une fille extrêmement délicate, il n’y a rien de gracieux dans ses mouvements. Elle ouvre la porte, et se met à courir.

« Viens ! hurle-t-elle, alors que je l’ai déjà perdue de vue.
-Eh ! Attends-moi ! »

Il n’est pas loin de onze heures du soir, et je commence à fatiguer. Je n’ai pas spécialement envie de me mettre à courir, mais je ne veux pas rester seule ici. Alors, je sors de la chambre en courant, je traverse le couloir, me glisse dans l’ouverture de la porte qui mène dans l’entrée, et remarque Kelly qui m’attend en bas des escaliers. Sans mot dire, elle gravit les marches deux par deux, avec ce petit sourire qui lui est propre. Je la suis, d’un pas mal assuré. Je ne suis jamais allée en haut, et si j’y avais renoncé la première fois que je suis venue ici, c’était notamment parce que les marches semblaient sur le point de craquer … C’est toujours le cas. En plus des deux marches manquantes. Ravalant ma prudence, je m’accroche à la rampe et essaye de mettre mes pieds aux mêmes endroits où Kelly a mis les siens quelques secondes plus tôt. J’arrive entière en haut des marches. Il y a largement plus de bruit ici. Un long couloir s’étend à droite et à gauche de l’escalier. Je me rapproche de Kelly. Même si elle est plus jeune que moi, –enfin, de deux années seulement, elle a quatorze ans- sa présence me rassure. J’ai peur de tomber sur quelqu’un qui ne serait pas aussi sympa qu’elle. Quelqu’un comme Eloïse par exemple … Bien que vu sa façon de parler à Aaron, elle n’a l’air agressive qu’avec moi.

« Qu’est-ce que tu veux faire, ici ? la questionne-je à voix basse.
-J’aimerais te présenter quelqu’un ! C’est un super ami à moi, tu vas voir, il est trop sympa. Je suis sûre que vous allez trop bien vous entendre ! Allez, viens, tu entends ? Il joue du pianooo ! » s’enthousiasme-t-elle en sautillant sur place.

En tendant l’oreille, j’entends effectivement des notes jouées au piano. Kelly me prend par le poignet et m’emmène à gauche. Il y a pas mal de portes de chaque côté, et j’entends du bruit émerger de chacune d’elle. Kelly me lâche devant la toute dernière, et me fait signe d’attendre.

« Il ne faut surtout pas le déranger quand il joue, sinon ça le met dans une colère pas possible. On va attendre deux minutes, d’accord ? La dernière fois que j’ai osé toquer quand il faisait sa musique, il a complètement pété les plombs ! C’était trop, trop drôle ! Tu aimes ce morceau ? Moi je l’aime beaucoup, c’est vraiment très joli … »

A vrai dire, j’écoute à peine ce que Kelly me dit. Son ami joue du piano comme un Dieu. On dirait que Mozart en personne est derrière cette porte … Bien que je n’ai dû écouter que quelques fois du Mozart, ce n’est pas trop mon style de musique. Mais là, c’est une magnifique mélodie. Ça me détend presque, même si je regarde toujours derrière moi toutes les trois secondes. Nous attendons deux minutes devant la porte, puis Kelly toque. Elle secoue nerveusement ses mains, et me regarde avec un grand sourire. Stressée, mes yeux ne quittent plus la porte. Mais d'un côté, j’ai une certaine hâte de savoir qui se cache derrière. Finalement, l’ami de Kelly est plus petit que ce que je pensais.

« Oh, bonsoir, Kelly. Bonsoir, mademoiselle. » dit-il en nous regardant tour à tour.

C’est un petit garçon aux cheveux roux et aux yeux marron clair. Il doit avoir … six ans ? Sept ans ? Il porte un costume noir et blanc avec un nœud papillon, le genre de tenue que je n’ai jamais vu sur un gamin, sauf peut-être mon petit cousin au mariage de ma tante. Il recule, et nous fait signe d’entrer. Je suis timidement Kelly. C’est la première fois que je suis aussi intimidée par quelqu’un d’aussi jeune.

« Que me vaut l’honneur de votre visite ? » demande-t-il avec sérieux.

Kelly se jette sur lui et le soulève du sol, le serrant dans ses bras.

« Ah, coucooooooou ! Ça va bien ?
-Kelly, repose-moi s’il te plaît.
» murmure-t-il, sans se débattre.

Kelly obéit, et son ami la remercie d’un signe de tête.

« Je vais bien, et toi ? Puis-je savoir qui tu m’amènes ? demande-t-il, en me détaillant des pieds à la tête.
-Oh, c’est vrai, j’ai failli oublier ! Je te présente Lizzy, ma nouvelle meilleure amie ! On rigole bien toutes les deux alors je voulais qu’elle te connaisse ! Enfin si t’es d’accord, hein ! T’es d’accord ? »

C’est en les voyant tous les deux ensemble que j’ai l’impression que les rôles ont été échangés. Kelly est surexcitée, bavarde et hyper joyeuse, tandis que son ami est calme, posé, presque blasé, même. C’est assez drôle. Enfin, je suis assez touchée par les mots de Kelly. « Ma nouvelle meilleure amie » …

« Bonsoir, Lizzy. Je suis ravi de te rencontrer. Il me semblait bien t’avoir vue passer il y a quelques jours, si mes souvenirs sont bons. Je suis assez ouvert sur le monde extérieur. Tâche juste de ne pas me déranger. »

Wow. Remise à sa place par un gamin de six ans. Je croise son regard, et pendant un instant je suis prise d’un frisson. Finalement, je hoche la tête.

« Enfin, tu peux respirer tout de même. Ne crois pas qu’une ambulance va venir jusqu’ici si tu nous fais un petit malaise. » ajoute-il avec un sourire.

Je lui souris en retour. Il dégage quelque chose qui me rend mal à l’aise. Je pense que c’est son sérieux surprenant pour son âge. Il montre deux fauteuils d’un geste gracieux de la main.

« Asseyez-vous donc, je vais faire une pause. »

En silence, je suis Kelly, qui, toute excitée, s’assoit à la hâte sur un des sièges. Son ami prend le petit tabouret qui se trouve devant le piano et l’approche de nous. Il s’assied dessus. J’en profite pour détailler la pièce un moment. Il y a une seule fenêtre, juste à côté du piano. Au fond de la pièce, il y a un lit bien fait, et une petite bibliothèque avec des ouvrages qui semblent dater de la nuit des temps. Rien ne laisse supposer que cette chambre appartient à un enfant. Personnellement, à son âge, ma chambre était orange vif, il y avait des jouets partout, un lit couvert de peluches et une petite table avec des crayons de couleur. Je me surprends à regarder les tableaux sur les murs.

« Je peux prendre le tabouret si tu veux ! s’exclame Kelly, nous sortant tous les trois du silence.
-Non, vous êtes mes invitées et les demoiselles ont droit aux meilleures places. affirme-t-il en hochant la tête.
-Aaaaah, t’es trop choooooooou ! »

On dirait pendant un instant que Kelly se retient de se jeter sur lui. C’est vrai qu’il est galant, quand même. Je lui souris. Il semble éviter le regard de Kelly.

« Tu m’excuseras de ma question indiscrète, Lizzy, mais que viens-tu faire ici ? Je ne suis pas certain qu’Eloïse apprécie ta présence parmi nous … Oh, ne le prends pas mal, surtout! Je cherche seulement à comprendre la raison de ta venue. »

Décidément, il est adorable ! Je me mets à bredouiller.

« Oh … Hum … En fait je … Je suis passée ici par hasard au départ, et finalement j’ai rencontré Aaron, qui m’a présenté Kelly … Enfin, voilà …
-Oui, c’est ma super copine, je l’ai invitée à reveniiiiir ! Elle est cool, hein ?
»

J’esquisse un sourire gêné. Heureusement qu’elle est là quand même !

« Oh, je vois. Kelly est une personne fort sympathique en dépit de ses bavardages incessants. » murmure-t-il, comme s’il lisait dans mes pensées.

Je l’aime bien, ce petit, en fait. Même s’il parle dix fois mieux que moi.

« Hey ! C’est même pas vrai d’abord ! Me critique pas, moi aussi je peux dire des trucs sur toi, t’es vraiment énervant quand tu veux !
-Excuse-moi, Kelly, je plaisantais. Tu es adorable. Je ne voulais pas t’offenser.
» dit-il, nullement impressionné par la jeune fille qui s’énerve à côté de moi.

Il me fait un clin d’œil discret, auquel je réponds par un léger sourire. Kelly se calme aussitôt, l’air béat.

« C’était quoi ce que tu jouais tout à l’heure ? On t’a entendu jouer avant d’entrer, et c’était trop, trop beau ! Moi j’adore ta musique, elle est trop géniaaaale ! »

Je hoche la tête. Il n’y a rien de mieux que les compliments pour être ami avec quelqu’un, non ?

« C’est vrai, c’était superbe. »

Un sourire apparaît sur les lèvres du petit garçon. C’est là que je me souviens que je ne connais même pas son prénom.

« Je vous remercie, toutes les deux. C’est vraiment très gentil. C’était une nouvelle composition que j’ai faite. Elle n’est pas encore terminée. »

Il a l’air fier. Il y a de quoi. Même s’il a sûrement eut plus que sept ans pour apprendre à jouer du piano comme ça, sauf s’il est mort hier. C’est pas très joyeux comme pensée, ça, en fait … La poignée se baisse et la porte s’ouvre. Une petite tête blonde passe dans l’embrasure de la porte, et s’adresse directement à l’ami de Kelly. Eloïse. Mon cœur commence à battre la chamade.

« Bonsoir. Tu n’aurais pas vu Shewy ? demande-t-elle de sa petite voix fluette.
-Je suis navré, elle n’est pas ici. Désolé. » dit-il, en jetant un bref coup d’œil sur le lit.

Eloïse pousse un soupir et referme la porte, mettant fin à mon supplice. Nous regardons tous les trois la porte, puis l’ami de Kelly dont je ne connais toujours pas le nom prend la parole :

« Je ne l’apprécie guère. »

La porte s’ouvre à toute volée, nous faisant sursauter, Kelly et moi. Elle semble d’ailleurs horrifiée comme je ne l’ai jamais vue. Eloïse entre dans la pièce et renverse brusquement l’auteur de cette remarque.

« Répète. grogne t-elle, d’une voix étrange.
-J’ai dis « Je ne l’apprécie guère ». Ce n’est un secret pour aucun de nous deux. »

Les yeux d’Eloïse ont l’air de lancer des éclairs, et pourtant son interlocuteur ne flanche pas. Il la fixe, avec son visage blasé et un regard froid.

« Tu devrais garder ça pour toi. Dois-je te le rappeler ? Tu es ici depuis suffisamment longtemps. J’estimais que tu avais compris, Einstein, mais visiblement ce n’est pas le cas. Alors retourne à tes partitions et fais profil bas. »

Bam. Je retiens ma respiration, tentant de me faire plus petite qu’une souris. Je croyais qu’elle ne détestait que moi, mais apparemment, je me suis trompée. Seulement, lui a le courage de lui tenir tête.

« Qu’est-ce que tu fais là, toi ?! Je t’ai pas dit de dégager ? Le message n’était pas assez clair ? »

Cette fois-ci, le message m’est adressé. J’ai souvent manqué de répondant face aux à tous les gens qui me faisaient des reproches. Mais face à elle, c’est mille fois pire. J’ai la gorge nouée, je suis incapable de prononcer le moindre mot, je suis muette. Kelly prend ma défense :

« Eloïse, Lizzy n’a rien fait de mal ! C’est moi qui lui ai dit de revenir. Elle n’a enfreint aucune des règles, je te jure que je l’ai à l’œil ! Oh, s’il te plait, elle peut rester ? Dis oui, dis ouiiiiiii ! » la supplie-t-elle.

« Aucune des règles ? » Quelles règles ? Je vois Eloïse me fixer froidement. On dirait qu’elle se retient de me sauter à la gorge. Un léger grognement retentit, et je me contente de fixer les pieds d’Eloïse, n’osant pas la regarder dans les yeux. Je n’ai jamais autant aimé Kelly.

« Tu n’as pas tort. Je te préviens, Lizzy, que si tu fais quoi que ce soit de travers, et je dis bien quoi que ce soit, apprête-toi à vivre l’enfer. C’est compris ? »

Paniquée, je hoche la tête. Elle me fait penser à une de mes profs. J’ai presque envie de l’appeler « Madame ».

« C’est compris ? répète-t-elle, d’un ton plus agressif.
-Ou-oui, c’est compris … »

Elle donne un dernier coup de pied à l’ami de Kelly, qui est resté assis par terre, et quitte la pièce. J’ai envie de me jeter dans les bras de Kelly, mais tout contact physique avec les fantômes est très étrange et me rend mal à l’aise.

« Merci. Vraiment merci.
-Oh, mais de rien ! Eloïse est vraiment une personne très gentille et tolérante ! Ça va, Côme ?
»

Kelly raconte n’importe quoi. Elle est un peu bête, en fait … Le dénommé Côme a eu le temps de se rassoir sur son tabouret pendant notre brève discussion. Il époussète légèrement son pantalon.

« Oui, tout va bien. La vérité mérite d’être dite, ma foi. »

Mais je vois bien que ce n’est pas le cas. Trois petits coups résonnent sur la porte en bois, et Côme se lève pour aller ouvrir. Aaron pénètre dans la pièce.

« Alors, comme ça on s’attire des ennuis ? »

Kelly se raidit.

« Aaron, je te jure que c’est pas de ma faute, c’est vrai de vrai ! Pour une fois j’ai rien fais, t’énerve pas !
-J’venais pas pour m’énerver
, dit-il en ébouriffant les cheveux roux de Côme, qui lève les yeux au ciel. Je viens pour raccompagner Lizzy. Il est tard, et elle a cours demain, pas vrai ? »

On dirait ma mère ! Mais c’est vrai. Je suis fatiguée et je veux aller dormir.

« T’as raison. Je vais y aller. Merci beaucoup, c’était super. »

Kelly se jette sur moi et me sert dans ses bras. Je la laisse faire. J’aime beaucoup Kelly.

« Tu vas revenir, hein ? Dis-moi que tu vas revenir ! Je veux trop que tu reviennes, s’il te plait … m’implore-t-elle avec un air de chien battu.
-Oui, je vais revenir. Promis. »

Je lui fais un sourire, et elle me lâche finalement.

« Au revoir, Lizzy. C’était un plaisir de faire ta connaissance. » murmure Côme.

Une fois nos aux revoir dit et notre prochain rendez-vous fixé à demain vingt-deux heures, Aaron et moi sortons de la chambre, et nous dirigeons vers les escaliers. Nous les descendons en silence. Je ne suis pas tout à fait remise de la venue d’Eloïse, j’ai notamment une question qui me torture l’esprit. Je regarde un instant la porte d’entrée.

« Je peux sortir par là, non ? »

Aaron secoue négativement la tête.

« Tu pourrais, mais j’aimerais te parler avant. Viens, ça ne prendra que cinq minutes. »

Il se dirige vers la porte menant au couloir, et je me dépêche de le suivre. Je n’aime pas rester toute seule ici. Ou juste être trop loin de quelqu’un. Je le regarde ouvrir la porte du bureau puis j’entre derrière lui. Qu’est-ce qu’il veut me dire ? Il s’assoit sur le canapé et je le suis.

« Il y a des règles ici, je pense que tu l’as compris, non ? » commence-t-il, avec un léger sourire.

Exactement ce que je voulais lui demander. Je hoche la tête, me forçant à lui sourire. D’après Kelly, je n’ai enfreint aucune règle, donc ça devrait aller. Enfin, je pense.

« Eloïse est mo … arrivée en premier. Personne ne la connait vraiment, elle reste à part. Je sais juste qu’elle a eu une vie difficile … Quoi qu’il en soit, c’est elle la chef ici, en quelques sortes. Disons qu’elle s’est tout de suite imposée. Certains l’ont connu de leur vivant alors qu’elle hantait déjà cette maison. Je te laisse imaginer qu’ils n’étaient pas ravis de la retrouver ensuite. Elle a imposé certaines règles, en prétendant ceci cela, moi-même je n’en sais rien parce qu’on me raconte une version différente à chaque fois. (Pour la première fois depuis le début de son discours, il sourit) Au fond, on s’en fiche. Il n’y a aucun papier écrit qui dicte les règles, mais crois-moi, ça n’en fait pas quelque chose de moins officiel. Eloïse sait se faire convaincante. Ce que tu as vu avec Côme, ce n’était rien. En gros, les règles consistent à limite à vouer un culte à Eloïse. T’as pas le droit de mal lui parler, t’as pas le droit de ne pas lui répondre quand elle te parle, t’as pas le droit de lui tenir tête, t’as pas le droit de parler d’elle dans son dos … Des trucs du genre. Passe loin d’elle. Ne va jamais dans sa chambre. Evite la salle à manger, même si ça ne fait pas officiellement parti des règles, elle déteste qu’on y aille. Ne touche jamais à Shewy, ne te moque ni de l’une ni de l’autre. C’est à peu près tout. En gros, tu respectes Eloïse et Shewy, tu rentres pas chez elle et voilà. »

J’ouvre des yeux ronds. Je me demande comme tout ça a été décidé. Comment tout le monde peut obéir à gamine comme elle ?! Ils n’ont pas à avoir peur d’elle …

« C’est qui, Shewy ? Enfin, je sais que c’est son amie, mais elle ressemble à quoi ? Et c’est où la chambre d’Eloïse ?
-Je te la montrerais, la prochaine fois qu’on la verra, d’accord ? La chambre d’Eloïse, c’est la porte qu’il y a au fond de la salle à manger.
»

Je hoche gravement la tête, tentant d’imprimer tout ce qu’il me dit.

« Donc en fait, là on est en train d’enfreindre une règle. » dis-je avec un frisson.

Aaron soupire, et passe sa main dans ses cheveux.

« On va dire que moi oui, et que tu ne fais que me poser des questions. Ne t’inquiète pas, si tu respectes tout ça, je ne vois pas pourquoi ça n’irait pas, sois juste prudente. Tu as tant à perdre … »


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Ven 15 Aoû 2014 - 4:57

CHAPITRE 9
15 octobre 1940 – 13 kilomètres de Brigthon.

Il faisait nuit. Il faisait froid. Il pleuvait et dehors, il n’y avait pas un chat. Je pris ma bicyclette, fermai bien ma veste, et me mit en route. Il était dix-neuf heures passées et j'avais encore une dizaine de kilomètres à parcourir avant de rentrer chez moi. J’étais fatigué. Je travaillais toute la journée au port de Brigthon pour trois sous. Mais ma famille avait besoin de cet argent. On aurait pu revendre la maison, qui était largement trop grande pour nous quatre, mais ma mère y était trop attachée. Elle l’avait reçue en héritage d’une grande tante que je ne connaissais que de nom, mais elle rappelait tant de souvenirs à ma mère que celle-ci refusait de s’en séparer. Mais bon, elle savait aussi bien que moi que ce n’était pas elle qui allait décider de cela.
J’avais bien envie de partir, j’étais majeur et j’avais tous mes droits. J’aurais très bien pu quitter la maison familiale pour aller vivre je-ne-sais-où avec Amy. Juste avec elle au milieu de nulle part. Si je n’avais pas eu de sœur, je l’aurais fait sans hésiter. On y avait maintes fois pensé, Amy et moi. Mais elle avait compris, et elle m’avait dit qu’elle attendrait le temps qu’il me faudrait.
Lorsque j'arrivai dans ma rue, je ralentis. Avec le black-out imposé par les autorités, qui nous obligeait à éteindre les lumières ou de recouvrir les fenêtres avec quelque chose de suffisamment épais pour empêcher la lumière de passer afin d’éviter les bombardements aériens, il était dur de se repérer. Mais mes yeux s’étaient plus ou moins habitués au noir. Je m'arrêtai devant le portillon de la maison, et entrai dans le jardin, ma bicyclette à la main. Je la posai contre le mur, puis passai la porte. Je retirai ma veste et mes chaussures, avant de filer à la salle à manger, où le repas devait être déjà prêt et servi. Mais non. Il n'y avait personne. Je ne sentais pas la bonne odeur des plats de ma mère dans le couloir. Je me dirigeais vers la cuisine, mais ma mère n'y était pas non plus. Un silence total régnait, mais je ne me doutais de rien. Ah, j’aurais dû …

« Y'a quelqu'un ? » criai-je alors.

Personne ne me répondit. Je savais pourtant que ma mère était à la maison. Elle était quasiment toujours là. Et à cette heure, elle ne pouvait être nulle part ailleurs. Mon père, c’était différent. Impossible de savoir où il était, quand il rentrait. Il pouvait s’absenter pendant une semaine comme quelques heures. J’ignorais ce qu’il faisait pendant ce temps, et dire que je m’en fichais serait un mensonge. Tout ce que je savais, c’est qu’il dépensait plus d’argent qu’il n’en ramenait. Je passai la porte du salon, et je ne saurais décrire ce que j'ai ressenti à cet instant. Là, étendue sur le plancher …

« Kelly ! » hurlai-je, paniqué.

Je me précipitai vers elle et la pris dans mes bras. Elle était glacée. Son corps était plein de bleus. Du sang coulait de la bouche, de son front, et de diverses plaies sur ses bras et ses jambes. La réalité était claire, mais je refusais de la voir.

« Kelly ! »

Je sentis des larmes me monter aux yeux. « Mon Dieu, Kelly ... Ce n'est pas vrai, ce n'est pas possible ! » Je me souviens l’avoir pensé. Et pourtant, c’était ce qui devait arriver un jour ou l’autre. Elle était morte. Il l'avait tuée. Je me laissai pleurer, tout simplement parce que je ne parvenais pas à faire autre chose. Aujourd'hui, j'ai tant à dire sur ce jour-là. Les années sont passées. Mais quand elle est morte, je n'avais aucune idée sur ce que je ressentais. C'était le vide, le néant. J'avais l'impression d'être dans un cauchemar. Je refusais d'y croire, je refusais de me l'avouer. Ma raison me disait « Elle est morte, Aaron » alors que mon cœur me disait « C'est impossible ». On dit aux gens d'écouter leur cœur, mais je ne pense pas que ce soit la bonne solution. On finit toujours par connaître la vérité, se rendre compte qu'on avait tort.

« Kelly ... Tu peux pas me faire ça ... » commençai-je à me lamenter.

Agenouillé au sol, Kelly dans les bras, c’est comme ça que mon père m’a retrouvé. Il m’observait, adossé contre l’encadrement de la porte. Dès que je l’aperçu, je relâchai Kelly et me relevai, avant de le pousser brusquement.

« Espèce de connard, tu l’as tuée ! » hurlai-je, en refoulant mes larmes.

J’ai toujours haï mon père, et c’était réciproque. Mais là … là … il avait atteint le sommet. Il … Je ne sais pas s’il est possible de comprendre à quel point je le détestais. Sa présence me donnait envie de pleurer et de tout casser en même temps. Je ne le lui montrais pas, ça lui aurait fait trop plaisir. Je n’aimais pas avouer cette faiblesse, qu’il avait maintes et maintes fois retournée contre moi. J’avais bien trop de fierté pour montrer ce défaut. J’avais pris l’habitude de lui tenir tête, mais il retournait toujours ma colère contre moi. Ce n’était pas bien dur, je faisais n’importe quoi. Une baffe me ramena bien vite à la raison, me faisant reculer de quelques pas.

« Ce n’était pas volontaire. » affirma t-il, en haussant les épaules.

Mais je voyais bien qu’il se moquait de moi, je le voyais. J’étais certain qu’il faisait ça pour m’énerver, parce que son ton calme et désinvolte me répugnait au plus haut point. Et pourtant, j’ai marché.

« Mais j’m’en fou que t’ai fait ça exprès ou pas, tu l’as tuée, bon sang ! Elle est morte à cause de toi ! Pour toujours, tu m’entends ?! Tou-jours ! »

Je sentais bien que ma voix tremblait, et je détestais ça. Mais j’étais hors de moi. Je n’étais plus maître de moi-même. Comment peut-on avoir les idées claires quand on vient de perdre sa sœur ? Ou n’importe qui qu’on aimait, d’ailleurs. A mon sens, c’est impossible, c’est forcément bouleversant et déconcertant. Et on est sensé vivre avec …

« Oh, tu vas t’calmer ?! A moins qu’tu veuilles finir comme elle ? »

Mon père aimait particulièrement me faire peur. J’ignorais ce qu’il y avait d’amusant là-dedans, ayant pour ma part le cœur sur la main. Je n’ai jamais compris sa logique et sa façon de penser, mais à vrai dire cela ne m’importait que peu. Je n’avais pas besoin de cela pour savoir que c’était un imbécile infini, une personne infréquentable et violente. Je me demandais ce que ma mère avait pu lui trouver. Elle nous avait dit maintes et maintes fois, à Kelly et à moi, qu’il n’était pas comme ça quand elle l’a rencontré. J’ai toujours eu du mal à y croire. Du plus loin que je m’en souvienne, il avait toujours été aussi impulsif qu’agressif. Je le regardai s’approcher de moi, sans ciller. Je m’attendais à recevoir un coup, mais il se contenta de tourner ma tête vers le corps inanimé de Kelly.

« T’approches pas de moi ! hurlai-je en le repoussant brusquement. Pourquoi t’as fait ça ? Ça t’apporte quelle satisfaction de savoir que t’as tué ta fille ? Ta propre fille, merde ! »

Je n’avais pas d’enfants, mais j’estimais, comme tout être normalement constitué j’imagine, que voir son fils ou sa fille mort ou morte devait être terrible. Mais mon père faisait exception à la règle. J’ai vu des enfants mourir sous les yeux de leurs parents. Je me souviens du petit Paul, qui s’est noyé dans le lac, de Maddy, qui est morte dans l’incendie de sa maison suite aux bombardements allemands, ou de Charlotte, qui s’est entaillée le pouce en trébuchant sur les pavés … Non, elle a survécu, elle. Mais je sais que leurs parents étaient effondrés. C’est égoïste de dire cela, mais j’aurais bien voulu qu’on m’aime, moi aussi. Pas pour faire du mal à mes parents quand je mourrais, non, juste … juste … juste comme ça. Juste parce que ça fait du bien d’être aimé. Juste parce que j’aurais trouvé ça normal venant de mes parents. Pendant un cours instant, j’ai entendu mon père parler sans l’écouter. Ou peut-être que je ne me souviens juste plus de ce qu’il disait.
Rien d’autre ne comptait plus que le corps sans vie de ma sœur. A cet instant, il n’y avait que cela qui retenait mon attention. J’étais dans un autre monde où seule Kelly existait. Et, pendant de courtes secondes ou de longues heures, j’ai cru voir sa vie défiler devant mes yeux. Tout d’abord, j’ai vu ma mère qui m’annonçait que j’allais avoir un petit frère ou une petite sœur. Kelly, à peine née, qui pleurait depuis des heures. Kelly, un peu plus grande, qui jetait ses jouets à travers la pièce. Kelly, avec quelques années de plus, qui faisait de la balançoire en criant. Kelly, quelques mois auparavant seulement, qui dessinait avec toute l’application du monde. Kelly, qui, la veille encore, me montrait avec gaieté la tarte qu’elle avait faite. Très bonne tarte.
Tout ce qui me revenait à cet instant, c’était ses sourires et ses éclats de rire. Aucunes de ses larmes ou de ses déceptions n’apparaissait en ma mémoire, et je pense que c’était mieux ainsi. Je voyais seulement la Kelly heureuse, contrastant fortement avec celle qui se trouvait à mes pieds –au sens propre du terme- et avec mon humeur du moment. Je tremblais de tous mes membres, paralysé. Après un laps de temps incertain, je m’écroulai au sol, avec toujours la voix tonitruante de mon père en fond. Sans doute est-ce lui qui m’a fait tomber. Je m’en fichais. Ce n’était rien. Rien du tout. Rien de grave. Rien par rapport à ce qui était arrivé à Kelly.

« Putain, comment t’as pu faire ça … ? gémi-je, d’une voix plus faible que jamais. Elle est morte … Morte ! Elle est morte ! » continuai-je en haussant le ton.

En me relevant, j’ignorais ce qui m’arrivait. J’étais pris d’une rage sans fin que je ne sus éteindre. Mon père, qui me dominait d’une tête –bien que j’étais plutôt grand, je trouve- me prit par le cou et me cogna la tête contre le mur, tandis que mon épaule heurta violement le buffet. Je sentis le crépi irrégulier érafler mon front, mais je ne dis rien. Une idée inhabituelle effleura mon esprit, et le fait de penser à quelque chose d’aussi grave me rendit mal à l’aise. Qu’est-ce qui m’arrivait ? Je sentais des gouttes de sueur couler le long de mes tempes, à moins que ce ne soit du sang.

« Ta gueule, Aaron. Mêle-toi de ce qui te regarde. Laisse-moi gérer mes affaires. Tu vas aller sagement dans ta chambre et la fermer si on te demande quoi que ce soit. »

Il ne criait plus, mais son souffle saccadé m’indiquait qu’il se retenait. Je restais sans réponse, tremblant. Mon regard se porta sur le tiroir du buffet, juste là. J’avais juste à le repousser et à tendre la main … Quelque chose que je ne connaissais que peu déferla dans mes veines. C’était un peu comme quand je faisais une bêtise, pleinement conscient, sauf que c’était dix, cent, mille fois plus important. Je ne savais plus ce qu’il se passait. Une petite voix dans ma tête me disait qu’il fallait agir, et maintenant. Mais ma raison me rappelait à l’ordre, d’une manière paniquée et désespérée que je ne connaissais pas. Etrangement, je finis par me persuader que ce que j’allais faire était quelque chose de bien. Alors, tandis que mon père resserrait la pression, attendant sans doute une réponse de ma part, je me dégageai violement, et ouvrit le tiroir tant convoité. J’en sorti un revolver, que je pointai directement sur mon père. Celui-ci pâlit, et recula d’un pas.

« Ne … Ne fais pas ça, Aaron. Pose cette arme, je vais tout t’expliquer. » murmura-t-il, sans me quitter des yeux.

Ce soudain inversement des rôles me fit tout particulièrement plaisir. C’est avec une certaine gaieté que j’ai regardé mon père me supplier –car c’était ainsi que je le prenais. De nombreuses pensées contradictoires s’entrechoquaient dans ma tête. Je ne savais plus si ce que je m’apprêtais à faire était bien ou mal, alors, coupant court à toute réflexion, je laissai mes doigts appuyer sur la gâchette. Deux fois. Mon père s’écroula au sol en un râle de douleur, et le sang gicla dans la pièce. Les murs se tachèrent de rouge, ainsi que le plancher. Les yeux exorbités, je regardais ce que je venais de faire. De sang-froid, j’avais tué quelqu’un. Il était là, agonisant, recroquevillé sur lui-même. Il n’était plus qu’une question de temps avant qu’il ne se raidisse comme Kelly, qui gisait à côté de lui. Je clignai plusieurs fois des yeux, comme si la scène d’horreur devant moi allait disparaître. Mais non. A chaque fois que mes paupières s’ouvraient, tout était identique et aussi net que la seconde d’avant. A l’évidence, rien n’allait changer. Je cru un instant que j’allais vomir, alors je déglutis avec peine. Le souffle court, je m’assis sur le canapé. Des larmes recommencèrent à couler sur mes joues et mes membres continuaient à flageoler comme jamais.

« Mon Dieu … » chuchotai-je en regardant le carnage dont j’étais responsable, alors que je n’étais absolument pas croyant (c’était un véritable tic de langage de ma mère, qui sortait parfois inconsciemment de ma bouche).

Je me demandais ce qu’il m’avait pris. Comment j’avais pu faire ça ? Moi, qui n’avait fait de mal à une mouche, comment j’avais pu tuer quelqu’un ? Volontairement en plus, ce n’était pas comme si c’était un accident … Ce qui serait de toute manière inexcusable, à mon sens. Je ne pouvais quitter des yeux le corps ensanglanté de mon père, qui avait cessé de bouger. Sa poitrine ne se soulevait plus au rythme de sa respiration. Toute ma vie, j’avais imaginé la joie immense qui me submergerait le jour où il mourrait, aussi horrible soit-il dans la tête d’un enfant. Et pourtant, il était mort devant moi et je ne ressentais rien de joyeux. Juste une dérangeant culpabilité et … Je ne savais pas. J’avais l’impression que rien n’était réel. Je n’en avais pas encore payé les conséquences. Qu’allait-il se passer ? Est-ce qu’on allait m’arrêter ? Je me posais ce genre de questions mais j’avais encore l’espoir de me réveiller sur le canapé, parce qu’une voiture m’aurait renversé, ou quelque chose comme ça. Mais cela n’arriva pas.
Ce furent des sanglots étouffés qui me sortirent de la détresse que je ressentais. Je cru un instant qu’ils venaient de mon père ou de ma sœur, mais c’était ma mère qui pleurait à l’entrée du salon. Elle me fixait avec une prudence toute nouvelle, qui me fit prendre conscience que maintenant, j’étais un assassin.

« Maman … Qu’est-ce que j’ai fait ? » pleurai-je, en me prenant la tête entre les mains.

Elle resta sans voix. J’ignore si elle avait assisté à la scène, j’espérais que ce n’était pas le cas. Je ne la quittais plus des yeux, comme si elle avait le pouvoir de me sortir de là. Mais j’étais trop grand pour croire qu’elle allait arranger les choses d’un coup de baguette magique. On aurait dit qu’elle allait tomber dans les pommes. Elle en avait vu des vertes et des pas mûres, pourtant … D’un pas fébrile, elle avança jusqu’à moi, et s’assit sur le canapé –ou plutôt, se laissa tomber sur le canapé. Elle semblait ne pas y croire elle non plus. Comme quand j’étais petit, je me serrai contre elle et cachai mon visage dans son cou. Elle resta parfaitement pétrifiée.

« Je l’ai tué … Comment j’ai pu faire ça ? Je vaux pas mieux que lui … » continuai-je dans un monologue presque maladif.

Je m’accrochai encore plus à elle, comme un gamin. Je ne sais plus ce qui me passait par la tête à cet instant.

« Maman … C’est de ma faute, tout est de ma faute … Je sais pas ce qui se passe … Est-ce que je suis comme lui ? Oh non, pitié, c’est pas possible … »

Je dû m’arrêter de parler pour reprendre mon souffle, qui m’avait été enlevé par mes larmes.

« Il a tué Kelly, Maman ! Comment il a pu faire ça … Comment t’as pu le laisser faire ça ?! criai-je en la relâchant brusquement.
-Calme-toi … » chuchota-t-elle en effleurant mon épaule de sa main tremblante.

Elle se méfiait de moi, et ça me mettait dans un état pas possible. Je ne voulais pas qu’elle ait peur de moi ! Mais il y avait de quoi. J’avais tué mon propre père … Je me laissai tomber sur l’accoudoir du canapé, dans un état second.

« M’man, dis-moi quelque chose, s’il te plait … »

Visiblement sous le choc, elle ne me répondit pas. Ce n’était pas étonnant, au fond, elle était toujours comme ça. Mais là j’avais vraiment besoin d’entendre quelque chose. J’aurais même préféré qu’elle me dise que j’étais un gros con plutôt qu’elle garde le silence. Je me remis à hoqueter, serrant contre moi un des coussins du canapé. J’avais commis l’irréparable. J’essayais de le comprendre, de l’accepter. Pour une raison que j’ignorais, je ne parvenais pas à me croire. Je sentais mon cœur battre la chamade, signe de la panique qui m’avait envahi.

« Comment j’ai pu faire ça ? Comment j’ai pu faire ça ? » répétai-je inlassablement.

Ma mère s’était remise à pleurer, mais je n’avais pas le courage d’aller la consoler. Je venais de tuer son mari … Même si à mes yeux, c’était un père indigne, un imbécile, et que sais-je encore, peut-être qu’elle, elle l’aimait. Je me redressai pour la regarder.

« Oh, je suis tellement désolé ! Je … Je voulais pas faire ça ... ‘Fin si, mais … Non … Je … »

Mon regard se porta sur l’arme qui se trouvait toujours entre nous deux. Une idée germa alors dans mon esprit. Je repris le pistolet entre mes mains, et le regardai longuement. J’allais aller en prison. J’avais les mains tachées du sang de mon père, au sens propre comme au sens figuré. Je remontai l’arme jusqu’à mon crâne.

« Mon Dieu, Aaron, ne fais pas ça. » murmura ma mère, qui n’osait maintenant plus bouger.

J’ai tenté de lui bredouiller une réponse, mais rien n’est sorti. Alors, avant que je ne change d’avis, j’ai tiré. Une fois. La douleur que j’ai ressentie à cet instant est indescriptible. Je me suis écroulé par terre, aveuglé par le sang. J’ai toujours cru que le suicide était destiné aux lâches. Je suis un lâche, et je l’ai toujours été.


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Mar 26 Aoû 2014 - 8:16

Franchement Mezoou , c'est génial
C'est super bien écrit , j'adoore
Juste , dans le dernier chapitre tu dit au début que sa sœur s’appelle Amy , puis Kelly
Bref sinon j'adoore et , y a t-il un autre chapitre ?


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Mer 27 Aoû 2014 - 3:13

Merci beaucoup :3
Non, en fait Amy et Kelly ne sont pas la même personne x) Amy est la petite amie d'Aaron, en fait. J'ai deux nouveaux chapitres !


CHAPITRE 10
« Et donc là, il est arrivé et t’aurais trop du voir ça ! Tout le monde hurlait, criait, c’était le meilleur cours de l’année ! »

La petite voix au bout du fil se met à rire. Je souris seulement, parce que la scène qu’elle me décrit ne me paraît pas aussi drôle que pour elle. Je suis contente de lui parler. Lou –Louisa de son vrai nom, mais je l’appelle toujours Lou- est ma meilleure amie, et j’avais peur que mon déménagement ne nous éloigne –autrement que physiquement, bien sûr. C’est vrai que quelque chose a changé, je m’y attendais. Quand on a été voisine avec quelqu’un pendant six ans puis qu’on déménage, on a forcément beaucoup moins de contacts.

« J’imagine. »

Je regarde les secondes défiler sur ma montre. Je vais bientôt devoir partir.

« Eh, Lizzy ! » chuchote Lou à travers le téléphone.

Je devine à son ton qu’elle se retient de rire.

« Oui ?
-Y’a quelqu’un qui vient de se casser la gueule dans le bus. Il a trébuché sur le sac qu’une vieille a laissé traîner dans l’allée, il a fait un vol plané et il s’est écrasé par terre !
» m’explique-t-elle à voix basse, hilare.

J’éclate de rire. Pour est-ce qu’il ne se passe pas de trucs aussi drôles, ici ? Bon, je ne prends pas le bus, en même temps, c’est peut-être pour ça … En voyant la grande aiguille de ma montre rejoindre le chiffre dix, j’estime qu’il est grand temps que je parte.

« Je suis désolée, Lou, je dois aller au lycée. On s’appelle tout à l’heure ?
-OK ! A toute, Lizzy !
répond-t-elle avec son enthousiasme habituel.
-A toute ! »

Je range mon portable dans mon sac, et me lève du canapé. Je marche à pas de loups vers la porte d’entrée, marque un bref arrêt devant le miroir pour vérifier que mes longs cheveux sont coiffés d’une manière acceptable, et quitte lentement la maison. Le lycée n’est qu’à une petite quinzaine de minutes de marche. J’ai encore tout mon temps. Avant, je vivais à Londres, dans un petit appartement. Lou était ma voisine de palier, et jusqu’à mon déménagement, on ne s’était jamais quittées. On prenait le bus ensemble pour aller au lycée, et ça me manque. Maintenant, je dois faire le chemin toute seule. C’est moins bien.
En passant devant la maison, –numéro 47, pour tout dire- je ne peux m’empêcher de jeter un regard insistant aux fenêtres en repensant à hier soir (plutôt « hier nuit » mais je n’ai jamais entendu ça). « Je ne vois pas pourquoi ça n’irait pas » me dis-je intérieurement, répétant les paroles d’Aaron. Il a raison, je n’ai rien à craindre. Alors je souris et j’avance.
En arrivant aux abords du lycée, je remarque la chevelure blonde de Lucie un peu plus loin sur le trottoir. J’accélère le pas. Un de mes objectifs principal est de devenir son amie. J’ai toujours fonctionné par objectifs, depuis mon plus jeune âge, et je trouve que c’est une très bonne technique.

« Salut ! » lancé-je en arrivant à sa hauteur.

Je la vois sursauter à mes côtés. Visiblement, je l’ai prise par surprise. Comme tout le monde d’ailleurs ; Lucie sursaute tout le temps, pour tout et n’importe quoi.

« Oh, salut ! Ça va ? me demande-t-elle avec son éternel sourire plaqué sur les lèvres.
-Oui, et toi ? »

Elle me répond d’un hochement de tête vertical.

« Je veux pas aller en sport-euh … » gémit-elle avec une mimique triste exagérée.

J’éclate de rire, bien que je sois du même avis qu’elle. J’ai horreur du sport, de notre professeur, et tout particulièrement de tourner en rond en courant pendant deux heures sous le soleil ardent de l’après-midi. Pourtant, j’ai pas mal d’endurance, mais je ne vois pas à quoi cela peut servir : courir, c’est inné. Lucie et moi nous dirigeons donc vers le lycée, un bâtiment qui doit avoir plus d’un siècle. L’intérieur est très moderne, mais la façade, en dépit d’une couche récente de peinture beige, paraît vieille comme le monde. Nous pénétrons dans la cour bondée et prenons la direction de la salle 124, dans laquelle nous avons cours de français. Je vois au premier rang Vanessa, que je n’ai fait que croiser depuis mon premier jour ici, et lui adresse un petit sourire, bien décidée à faire un effort, pour une fois.

« Salut. » dis-je en passant à côté d’elle.

Je ne reçois aucune réponse. Elle regarde fixement sa feuille couverte de petits dessins. Je ne sais pas si elle m’ignore volontairement ou si elle ne m’a pas entendue, mais je ne traîne pas une seconde de plus devant elle, déçue.  Je vais m’asseoir à côté de Lucie, qui m’a gardé une place deux rangs plus loin.

***
« Tu veux venir chez moi ? J’habite juste là, la maison rose. On pourrait faire nos devoirs ensemble. »

C’est avec un certain sourire que j’accepte la proposition de Lucie. Puis-je dire « Objectif atteint » ? Si elle m’invite chez elle, c’est bien qu’elle me considère comme son amie, non ? Je la suis jusqu’à chez elle, une jolie petite maison entourée de fleurs multicolores. Au fond du jardin, une femme est penchée sur un parterre de fleurs, retournant délicatement la terre.

« Salut M’man ! » s’écrit Lucie, pour attirer son attention.

Sa mère se tourne alors vers nous, dévoilant un tablier vert foncé plein de terre et d’épais gants jaune vif. Elle nous salue d’un geste de la main, que je ne lui rends pas. C’est un peu trop familier, comme geste. Alors que Lucie me tire par le bras, je murmure un léger « Bonjour » avec un sourire, peut-être un peu trop doucement pour qu’elle ne l’entende. Lorsque nous arrivons sur le paillasson, Lucie me met en garde en riant :

« Ma mère est complètement maniaque, enlève tes chaussures si tu ne veux pas qu’elle te crie dessus parce qu’elle a lavé le sol ce matin. »

J’obéis en souriant.

« Ah, si tu voyais comment c’est chez moi … dis-je en voyant la cuisine impeccablement rangée, jusqu’au moindre petit pot à épice aligné. Ma mère est tellement désordonnée qu’on retrouve plus rien, il y a des cartons jusqu’au plafond, de la vaisselle plein l’évier, et du bazar étalé sur chaque centimètre carré ! »

Et puis je me rends compte qu’on n’a encore jamais parlé de nos familles respectives.

« Tu as des frères et sœurs ? » demandé-je alors, en la suivant dans le salon.

Mon amie hoche positivement la tête.

« J’ai un frère, un véritable zombie qui passe vingt-quatre heures sur vingt-quatre dans sa chambre, à jouer à des jeux sur son ordinateur. Il a passé ses examens l’année dernière, et mes parents lui ont donné une année pour se décider sur son avenir … Ils n’auraient pas dû faire ça, je te parie qu’il en sait toujours rien et qu’il va devoir se trouver un petit job minable qu’il détestera pour le restant de ses jours. Sauf s’il reste vivre ici toute sa vie, il a dix-neuf ans mais il agit comme s’il en avait six, donc c’est possible. Et toi ? »

A en juger par ces quelques phrases, je devine qu’ils ne sont pas très proches. Mais bon, je n’en sais rien après tout. Je ne le connais même pas.

« Je n’ai pas de frère, ni de sœur. Il y a juste ma mère et moi. »

Il y a des fois où j’aurais bien aimé avoir un frère ou une sœur, même si on me dit en général, au moment où je confie ça : « Mais non, t’as trop de chance ! ». Alors oui, c’est peut-être vrai, il faudrait vivre les deux situations pour le savoir mais personne ne peut le faire.

« Et ton père ? »

Je suis un peu surprise par cette question, je n’ai pas l’habitude qu’on me la pose. La plupart des gens préfèrent ne rien dire, de peur que ce soit un sujet sensible, ou quelque chose comme ça je pense. Mais au fond, ça ne me touche pas tant que ça. Je n’ai quasiment aucun souvenir de lui ; seules les photos m’ont permis de placer un visage sur son nom. Je lui explique rapidement, en omettant volontairement certains détails :

« Il est soi-disant « disparu » depuis que j’ai quatre ans, mais pour disparaitre pendant douze ans, il faut le faire quand même. Alors il est mort à mon avis, même si personne n’a jamais retrouvé son corps. »

J’ajoute, en voyant son air désolé :

« Enfin, si ça se trouve il s’est trouvé une nouvelle identité, il vit à Las Vegas avec sa nouvelle femme, leurs deux fils et leur joli labrador, mais je m’en fiche un peu en fait. Je ne m’en souviens pas, donc au fond ça ne change pas grand-chose pour moi. »

Je lui souris, et elle me rend ce sourire, un peu gênée. Nous entrons dans sa chambre, qui est elle aussi impeccable. Un lit trône au centre de la petite pièce, encadré par deux petites tables de chevet. Toute la pièce semble cruellement vide et impersonnelle. Rien ne traîne sur la commode, et encore moins au sol où le tapis est aligné parallèlement au lit. Seule une petite plante apporte une légère touche de chaleur dans cet univers vide et froid. Nous nous asseyons sur le lit. J’en profite pour me dire que malgré le fait que j’apprécie que tout soit rangé, je ne pourrais jamais vivre dans une maison comme celle-ci.
Pendant de longues minutes, nous faisons nos devoirs (comprendre « essayons de nous concentrer sur trois misérables exercices de maths ») tout en bavardant. Nos discussions finissent bien vite par prendre le dessus. Je m’en doutais bien, qu’on ne ferait pas nos devoirs en venant ici. C’est bien pour ça que je m’enferme dans ma chambre pour faire les miens habituellement, avec mon portable sur silencieux posé loin, très loin de moi dans l’espoir de résister à la tentation le plus longtemps possible.

« T’es retournée dans la maison, au fait ? »

Cette question me surprend. Je n’avais parlé à personne de mes expéditions nocturnes régulières, même si cette idée m’avait souvent effleuré l’esprit. J’aimerais bien tout raconter à quelqu’un, partager ce secret avec une personne de confiance, mais je veux aussi et surtout que personne ne soit au courant de l’existence d’Aaron, de Kelly, de Côme, et des autres. Déjà, parce que je ne pense pas qu’Eloïse me laisserait mettre un pied chez elle si je ramenais une dizaine de personnes dans sa maison. Ensuite, parce que je n’ai confiance absolue en personne. Que se passerait-il si ma mère apprenait tout ça ? Mais aussi, et c’est la principale cause, c’est parce que j’aimerais garder cette découverte pour moi. Ce ne serait pas pareil si Lucie –par exemple- était au courant et venait avec moi visiter la maison le soir. C’est comme si c’était un peu ma découverte, et je voudrais la garder pour moi. J’aviserai par la suite, mais pour l’instant je préfère que cela reste ainsi. Je n’aurais qu’à demander là-bas si j’ai le droit d’en parler, bien qu’on ne m’ait rien dit à ce sujet.

« Tu rigoles ? Jamais je ne remettrais les pieds là-dedans ! » m’écrie-je en prenant un air affolé.

Premier mensonge d’une longue série, j’imagine.


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Mer 27 Aoû 2014 - 3:14

CHAPITRE 11
Je traverse le jardin d’un pas hésitant, zigzagant de droite à gauche. C’est Aaron qui m’attend devant la porte de la cuisine, ce soir. Ses yeux verts démontrent l’ennui le plus profond. Il regarde fixement un des arbres du jardin, si bien qu’il sursaute en me voyant à quelques centimètres de lui.

« Désolé, j’étais dans la lune. Ça va ? » murmure-t-il tandis d’un sourire s’imprime sur ses lèvres.

Je hoche la tête en souriant, taisant le fait que j’ai attendu ce moment toute la journée :

« Ça va ! »

Nous entrons dans la maison, et sitôt que je fais un pas dans la cuisine, Kelly se jette sur moi.

« Oh, tu m’as trooop manqué ! Tu sais que je t’ai attendue toute la journée avec Aaron ? Ah non, tu le sais pas, je te l’ai pas dit ! Enfin si, maintenant tu le sais, mais … oh, zut ! » commence-t-elle, avec cet enthousiasme qui me fait rire.

Je n’ai pas le temps de lui répondre qu’elle me prend déjà par le poignet, et m’entraîne dans le salon. Tout est extrêmement rapide avec Kelly, que ce soit le fait de changer de pièce ou de parler de quelque chose, elle ne s’attarde jamais. Cette hyperactivité est plutôt amusante, mais à en juger par l’air presque agacé d’Aaron, je suppose que ça ne doit pas être aussi drôle que ça, d’être avec elle vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Nous nous asseyons sur le canapé, avec toute la délicatesse du monde pour ma part, car j’ai l’impression qu’il tombe en miettes. Depuis quand cette maison n’a pas été habitée ?

« J’ai bien cru que tu l’allais pas venir, c’était un supplice d’attendre aussi longtemps ! J’aime quand tu viens, tu sais. Tu es contente de venir, toi ? » me demande Kelly, avec une certaine inquiétude dans la voix.

Les lumières sont éteintes, et être dans le noir quasi-total me fait peur. Je n’ai jamais craint le noir, pourtant, mais dans un endroit que je ne connais pas, je préfère voir ce qu’il y a autour de moi. Mal à l’aise, je cligne plusieurs fois des yeux pour tenter de m’habituer à l’obscurité, regardant les deux portes successivement. L’une d’elles se ferme en un grincement terrifiant, qui me rappelle que cette maison a tout pour faire peur. Heureusement pour moi, Aaron allume une petite lampe posée sur le guéridon qui jouxte le canapé. Je le remercie d’un sourire pas très rassuré, en me demandant comment cela se fait qu’il y ait de l’électricité dans cette maison que je croyais inhabitée.

« Oui, je suis contente de venir. » dis-je à Kelly.

Et c’est vrai. Même si j’ai toujours cette angoisse pesante lorsque je viens ici, j’ai à chaque fois hâte de revenir. J’ai l’impression que rien n’est réel. C’est un petit peu comme si j’avais deux vies, une ici la nuit et une partout ailleurs la journée.

« Il y a d’autres gens qui viennent ici ? me surprends-je à demander, avant d’en venir à ma véritable question.
-Oui et non. On voit de temps en temps des gens qui viennent se faire peur, ou vérifier si cette maison est vraiment hantée. Ou pour voler quelque chose, c’est déjà arrivé aussi. En général, on ne voit les gens qu’une fois, ils ne reviennent pas. Il y a une fille qui venait régulièrement il y a des années, mais elle a arrêté de venir nous voir d’un coup … Eloïse déteste quand des gens viennent ici pour voir si toutes les légendes qui parlent de cette maison sont vraies, mais moi j’aime bien, pourvu qu’ils ne soient pas malintentionnés. » m’explique Aaron.

Je hoche lentement la tête. Je me demande pourquoi les gens ne reviennent pas. Si c’est parce qu’ils n’ont vu qu’Eloïse, je les comprends, mais après avoir rencontré Kelly ou Aaron, la perspective d’aller dans une vieille maison hanté en pleine nuit est tout de suite bien moins effrayante.

« Je ne suis pas malintentionnée. » affirme-je alors.

Je le vois sourire, assit sur un fauteuil en face de moi. Je surprends son regard moqueur, qui me laisse croire qu’il a dit ça juste dans le but de me faire réagir.

« Je sais. C’est un plaisir de te recevoir chez nous. murmure-t-il, toujours avec ce sourire qui lui est propre.
-Ouiiiiiiii ! » renchérit Kelly en me serrant contre elle.

J’ai toujours cru qu’on passait au travers des fantômes, parce qu’avant de découvrir cette maison je ne m’étais jamais renseignée sur le sujet, je pense. Ou peut-être à cause des dessins animés, je n’en sais rien. Rien à voir avec les draps blancs qui volent, en tout cas.

« J’ai entendu du bruit, par ici … » s’enquit une petite voix en ouvrant la porte qui donne dans l’entrée.

La tête rousse de Côme apparaît, avec ses yeux clairs pétillants et ses adorables fossettes. Il entre dans la pièce, refermant la porte derrière lui, en ignorant les cris enchantés de Kelly. « On est tous ensemble, c’est merveilleux ! » répète-t-elle, les mains jointes. Je crois qu’elle accorde une importance démesurée à un tas de choses, mais là, on peut le dire, c’est plutôt merveilleux. Même si je ne les connais que depuis quelques jours.

« Bonsoir, Lizzy. Je suis ravi de te revoir. Comment vas-tu ? »

La voix de Côme résonne dans la pièce. Le silence est de marbre, ce soir. Je le salue avec un sourire. J’ai l’impression d’être le centre d’attention. En y réfléchissant, ils doivent être là depuis longtemps. Ils sont bloqués ici. Le fait de recevoir de la visite doit-être une certaine distraction, pour eux. Encore plus un visiteur qui revient. J’ai l’impression de compter, et ça me fait très plaisir.

« Ça va, et toi ? Je suis contente de te revoir aussi.
-Fort bien, merci.
» répond-t-il en asseyant sur un fauteuil à côté d’Aaron.

Il semble minuscule, assit dans ce grand fauteuil. En même temps, il n’a que six ans. Mais si on l’entendait seulement parler, pas sa voix qui trahirait son âge, juste ce qu’il dit, on lui en donnerait plusieurs dizaines de plus.

« Une amie m’a demandé si j’étais revenue ici … Je crois qu’elle voulait venir. »

Je leur ai déjà parlé de la raison pour laquelle j’étais venue la première fois, puis la deuxième, puis la troisième où j’ai rencontré Aaron. Ils savent que je viens d’arriver ici, ils sont au courant pour le défi qu’on m’a lancé, pour la vidéo d’Eloïse que j’ai montrée.

« Eloïse n’aimerait pas ça … Peut-on s’arranger pour que tu la fasses venir, cette amie ? Non, je propose même mieux, amène-nous tous tes camarades de classe ! » s’enthousiasme Côme avec une excitation que je connais pas chez lui.

Kelly éclate de rire, tandis qu’Aaron les foudroie tous les deux du regard.

« Côme, ne dis pas de bêtises. » lui ordonne-t-il.

Il se tourne ensuite vers moi, ignorant les gloussements de sa sœur et de son ami.

« Je préfèrerais que tu viennes seule. Sinon, Eloïse n’acceptera plus jamais qu’on fasse entrer quelqu’un ici. OK ? me dit-il alors.
-OK. Je ne comptais pas la faire venir, mais par prudence je lui ai dit que je ne suis plus venue ici …
-Merci.
»

Je m’apprête à lui répondre que ce n’est rien, quand le débat de Côme et Kelly parvient à mes oreilles.

« La cheminée, les escaliers, et toute la salle à manger, au moins !
-Mmm … C’est trop peu, Kelly. Tu es bien optimiste. Je dirais que la demeure entière serait réduite en miettes. Ou alors, un grand brasier.
»

Je vois Kelly réfléchir un instant avant de gratifier Côme d’un « peut-être » pas très convaincu. Je fronce les sourcils, essayant de comprendre leur conversation.

« Vous parlez de quoi ? fini-je par demander.
-De la réaction d’Eloïse si tu faisais venir plein de gens ici. Tout ce qu’elle casserait ! » m’explique Kelly, tout en riant.

Rassurant. Très rassurant. Très, très rassurant.

***
Nous parlons un long moment dans le salon. Tellement longtemps que je ne vois pas le temps passer. Je dois regarder l’horloge à trois reprises au moins avant de comprendre qu’elle s’est arrêtée. Alors que je me prépare à partir, Côme m’interpelle :

« Oh, Lizzy ! J’ai failli oublier. Tu te souviens du morceau que je jouais, l’autre jour ? Je l’ai terminé. Je l’ai appelé Lizzy, en ton honneur. J’aimerais bien que tu l’entendes en entier. »

Presque aussitôt, Kelly le coupe :

« Quoi ?! Elle a une musique à son nom et même pas moi ? pleurniche-t-elle, avec une moue dépitée.
-Kelly, voyons … Il y en a une vingtaine qui portent ton nom, cela n’est donc pas suffisant ? »

Je les regarde se chamailler un instant, amusée, puis je salue Kelly et Aaron qui « doivent absolument se parler », d’après ce dernier. Ma « meilleure amie » se jette une fois de plus sur moi, m’étreignant presque au point de m’étrangler. Aaron est moins démonstratif et se contente de me faire la bise.

« A demain ?
-A demain.
» me confirment-ils en chœur.

Je les regarde quitter la pièce par la porte menant au couloir, tandis que je suis Côme vers sa chambre. Nous montons les escaliers en silence, puis entrons dans sa chambre. Il me montre une chaise de la main, et je m’y assois. Je le regarde s’installer devant son piano. Ses mains glissent sur les différentes touches et les premières notes résonnent. Je ne reconnais pas tout de suite la musique que j’ai entendue hier soir avec Kelly. Sans doute ne l’ai-je pas écoutée depuis le début. En tout cas, elle est très jolie. Côme ne regarde même pas ses mains, il fixe la fenêtre devant lui. Je lui souris, mais il ne me regarde pas. J’en profite pour regarder un peu la pièce : rien n’a changé, sauf une pile de livres qui a été rajoutée sur la table. Ils sont tellement abîmés qu’il est impossible d’en lire le titre.

« C’était magnifique. souri-je quand il termine
-Je te remercie. »

Il ajoute, en voyant les quelques livres :

« Mon Dieu, j’ai oublié de faire le ménage. Ça m’était complètement sorti de l’esprit, excuse-moi, Lizzy. Je vais ranger cela immédiatement. »

Il se lève donc et attrape la pile de bouquins. Je manque d’éclater de rire. C’est cela, son « ménage » ? Ranger trois livres ?

« Je ne savais pas que tu aimais lire. » lui dis-je.

En fait, ce ne m’étonne pas, c’est juste que je ne les avais pas vus la dernière fois. Je le vois s’arrêter, puis se retourner vers moi.

« Oui, j’adore lire !
-Moi aussi.
»

Il fronce les sourcils un instant, regarde ses livres, avant de tourner la tête vers moi à nouveau.

« Tu as des livres, chez toi ? me demande-t-il.
-Oui, pourquoi ?
-Oh, mon Dieu, Lizzy, s’il te plaît, est-ce que tu pourrais m’en rapporter un ? Juste pour que je le lise une fois, et ensuite je te le rendrais, s’il te plaît ! J’ai déjà lu tous les livres de cette maison, je te serais éternellement reconnaissant, s’il te plaît !
»

C’est une des rares fois avec lui où j’ai réellement l’impression d’avoir un enfant devant moins. Ses yeux marron clair semblent me supplier. Je ne doute pas une seconde qu’avec un regard comme ça, il devait faire craquer tout le monde. Comment peut-on résister à quelqu’un d’aussi mignon ?

« J’ai le droit de faire ça ? » dis-je pour toute réponse.

Il hoche vivement la tête. Je ne sais même pas s’il a compris ce que j’ai dit. Mais personnellement, je ne tiens pas à enfreindre l’une des règles d’Eloïse, surtout que je ne l’ai pas vue aujourd’hui. Je n’ai pas trop envie de la croiser avant de partir.

« Oui, oui, oui ! Ce serait vraiment trop génial, Lizzy ! »

Je croirais entendre Kelly. Ça me fait sourire.

« D’accord ! »

***
Quelques minutes plus tard, en arrivant devant les escaliers, je ressens une étrange sensation que je connais bien. J’ai l’impression d’être épiée. Hésitante, je me retourne furtivement. Il y a quelqu’un derrière moi. Je m’arrête en haut des marches, et me tourne vers l’inconnu. Il est là, à quelques mètres de mètres de moi. En me voyant le regarder, l’individu s’arrête, en suspension à quelques centimètres du sol. Il semble avoir plus ou moins le même âge que moi. Ses longs cheveux blond foncé sont emmêlés à un point de non-retour. Il n’est pas très grand, mais je remarque surtout sa maigreur effrayante et sa pâleur. Ses mains sont couvertes de cicatrices pas très belles à voir. Ses yeux gris fixent les miens. Je suis la première à détourner le regard.

« Je … Je m’en vais. » bredouille-je alors.

Et je descends les marches, toujours avec ce sentiment d’être observée. Mon cœur bat à cent à l’heure, et mes mains tremblent légèrement. Je ne me retourne pas, mais je sais qu’il est là. Il me suit. Je ne sais pas pourquoi, mais il me suit. Je n’entends pas ses pas dans l’escalier, je ne le vois pas descendre les marches dans mon dos. Pourtant, je sais qu’il me suit. J’ai envie de courir, mais ce serait trop suspect. J’ai envie de me retourner, mais je ne veux pas croiser ses yeux à nouveau. Il a ce genre de regard perçant impossible à percer. Alors, je me dirige vers la porte d’entrée, ne voulant pas attendre une seconde de plus. Je l’ouvre, suffisamment pour passer, avant de faire volte-face. Il flotte au-dessus du parquet, au pied des marches. Ses yeux replongent dans les miens, mais je ne parviens pas à soutenir son regard.

« Je suis désolée. Je … Je m’en vais. Je te laisse. »

A ces mots, je m’engouffre dehors, laissant une bourrasque de vent me faire frissonner, et referme avec délicatesse la porte derrière moi. Après quoi, je prends mes jambes à mon cou et sors du jardin en courant.


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Arriane
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Bleu Marine

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Mer 27 Aoû 2014 - 6:50

Ah ok , j'avais pas compris ^^
Les deux nouveaux chapitres sont géniaux Very Happy


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Inevitably.



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