Bubulle
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Bleu Marine

Masculin Age : 21
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Lun 2 Déc 2013 - 3:11

J'ai l'impression de ne venir ici que pour vous montrer des textes mais bon, vos avis m'intéressent. :DCette fois-ci, il s'agit de la mise en place d'une nouvelle qui n'est pas encore terminée, ni écrite. Ce n'est que la mise en place, c'est normal qu'il ne se passe pas encore grand-chose, mais j'aimerais quand même bien des avis au niveau littéraire, tout ça :p (constructifs, si possible)



I. Tristan

L'après-midi était belle. Le parc avait été envahi par une bonne partie de la population ; au-delà des enfants courant derrière une balle ou un frisbee au mépris des taches et des blessures, au-delà des personnes âgées promenant leurs chiens ou lisant, même les étudiants en littérature – habituellement postés dans leurs bibliothèques sombres à étudier d'obscurs poètes de l'époque de François Villon – s'étaient décidé faire apparaître leur faciès pâle à la lumière du soleil. Leurs visages étaient si blancs que certains enfants en bas âge auraient pu les confondre avec une quelconque neige. Les rayons du soleil coulaient sur les feuilles d'arbre, tels de l'or liquide, faisant frémir leurs nervures nouvelles, encore fragiles et printanières.
Tristan s'assit sur le banc. Il sortit son bloc de feuilles et un stylo de son sac noir et, les écouteurs vissés sur les oreilles, se mit à écrire. Pendant quelques heures, son stylo virevolta sur le papier, en noircissant des dizaines de centimètres carrés. Il était si concentré qu'il en oublia de se nourrir. Rien ne vint perturber son rituel littéraire, et il aurait pu rester immergé un long moment dans son imagination s'il ne s'était pas rendu compte que le soleil et l'horizon s'unissaient avec douceur. À la dernière lueur du crépuscule et à regrets, il rangea ses affaires et sortit du parc. L'atmosphère de ce dernier avait changé. Les enfants étaient rentrés chez eux manger un repas chaud que leur mère leur avait préparé avec amour tandis que les personnes âgées étaient parties se réunir dans la salle commune de l'hospice pour disputer une partie interminable de bridge ou de belote. À dire vrai, Tristan était seul dans le parc. La seule compagnie qu'il obtint fut le gazouillement d'une hirondelle résonnant dans le lointain. Les infimes souffles de vent s'emmêlaient dans ses cheveux en bataille et ne parvenaient plus à s'en détacher.
Tristan devait aller au hangar ce soir. C'était à l'autre bout de la ville mais, ses écouteurs aidant, ça ne le gênait pas de la traverser. D'un pas décontracté mais néanmoins rapide, il déambula dans la ville, suivant les épopées caverneuses et lyriques de Mr. Mojo Risin'. Il se faufila entre deux buissons, passa sous une grille et pénétra dans le hangar. Quelques lampes à piles éparses éclairaient faiblement l'endroit. Il n'y avait pas âme qui vive. Pourtant, il savait qu'Eddie y était passé dans la journée, parce qu'il avait laissé sa guitare et ses affaires. Des partitions à demi commencées étaient étalés sur la table blanche, par-dessus le dessin d'une lune rouge et pourvue d'un œil brumeux au pastel.
Il sortit la pile de feuilles cornées et froissées qu'il venait de noircir et les déposa sur la table, à côté des partitions. Prenant une nouvelle feuille, il inscrivit de sa petite écriture fine cadeau pour toi, Eddie, tu me donneras ton avis quand tu repasseras par ici. Quelques matelas étaient posés sur le sol du hangar, mais aujourd'hui ils étaient inoccupés. Parfois, ils y passaient tous la nuit. S'ensuivait toujours un sentiment d'excitation fébrile où chacun lançait une foule d'idées dont chacun savait que très peu d'entre elles finiraient par aboutir un jour. Ils discutaient avec entrain, se partageaient leurs récentes découvertes artistiques. Quand ils se retrouvaient ainsi réunis, la réunion cessait rarement avant l'aube.
Tristan s'allongea sur un matelas. Il remonta nonchalamment la couverture sur son corps et, en proie à un sentiment de rêve extrême, il s'abandonna à ses pensées. Ses iris vertes fixaient le plafond du hangar, pensives. Jim Morrison avait cédé la place qu'il occupait dans les tympans de Tristan aux mélodies subtiles de Syd Barrett. Ses pensées s'égaraient dans les méandres de son cerveau. Le hangar avait évolué depuis qu'ils l'avaient découvert, quelques mois auparavant. Désormais, c'était leur quartier général, leur lieu de vie et de création. Personne ne connaissait son existence. Lorsqu'ils étaient rentrés pour la première fois à l'intérieur de ce vaste bâtiment de béton rectangulaire, il dégageait une impression de vide si grand qu'il en devenait écrasant. Très vite, mus par une énergie soudaine, ils avaient décoré le hangar, l'avaient aménagé. Charlie avait peint les parois de brique, pendant qu'Eddie amenait divers instruments de musique, qu'Alice se créait une chambre noire de fortune dans un coin du hangar et que Tristan apportait des livres. Ensemble, ils avaient créé leur chez eux. Aucun d'eux n'y était perpétuellement, mais il y passait toujours au moins une personne dans la journée. Le hangar était là pour s'évader ; c'était le moyen de s'isoler hors du monde urbain et d'abandonner tous les dogmes qui régissaient la civilisation du troisième millénaire.

II. Charlie

La double porte entrouverte du hangar laissait filtrer les premiers rayons de l'aurore, dans lesquels voltigeaient quelques grains de poussière. L'intérieur était encore sombre. Cependant, à quelques mètres de la porte, quelques mèches de cheveux châtains s'échappaient de sous une couverture. Quelques vêtements parsemés de taches de peinture  à côté du lit. L'atmosphère était paisible, emplie d'une fraîcheur agréable mais ferme. Sous la couverture, deux iris d'un bleu profond s'ouvrirent péniblement.  La silhouette svelte se redressa avec effort, dans l'espoir de prolonger les derniers instants de ses rêves. Ses paupières battirent avec lenteur, comme pour vérifier que le rêve avait réellement pris fin.  Un visage féminin émergea de ses songes avec lenteur, annonçant l'arrivée de deux épaules pâles et fragiles. Charlie attrapa ses vêtements en exécutant des mouvements désordonnés, s'habilla et, en un ultime effort, repoussa la couverture et se leva de son matelas. Elle ne prit pas la peine d'arranger ses cheveux défaits, mais après tout, aucune âme vivante ne croiserait son chemin sauf peut-être Eddie, Alice ou Tristan. Un sourire effacé flottait sur le coin de ses lèvres, révélant une bonne humeur maladroitement dissimulée.  
Deux semaines auparavant, Eddie avait équipé le hangar d'un haut-parleur à batterie rechargeable. Charlie l'utilisait le plus souvent possible. Une mélodie surf garage californienne se répandit dans le hangar avec la douceur d'un encens. S'il y avait encore le moindre sentiment négatif à ce moment, il fut instantanément rayé par la joie contagieuse qui irradiait du haut-parleur. Charlie commença à peindre le mur nord, le seul qui n'ait pas encore été fait. Elle commençait toujours à même la brique, en peignant un grand carré blanc par-dessus lequel elle représenterait ce qu'elle désirait. Quand elle peignait, Charlie avait toujours la mine appliquée et enfantine, sa langue se posant légèrement sur ses lèvres. Elle retroussait les manches de son pull trop grand pour éviter de se salir – ce qui se révélait presque toujours totalement inutile. Pendant des heures de travail méticuleux, où chaque geste de la main devenait aussi important qu'une vie humaine, elle s'appliqua à représenter un dessin qu'elle avait réalisé quelques jours plus tôt.
L'après-midi touchait à sa fin quand elle finit de peindre, et le garage rock ensoleillé avait laissé sa place à un post-rock sombre, brouillé et hermétique : la ville était plongée pour quelques heures dans l'atmosphère orangée d'une fin de journée d'avril, où le soleil disparaissait encore sous l'horizon relativement tôt et où l'air avait précieusement gardé toute la chaleur de la journée. Elle glissa le dernier pinceau utilisé – le plus fin – dans la poche de son jean et s'éloigna pour examiner son travail. L’œuvre représentait la Lune prise au piège dans un épais filet de brume. Cependant, la Lune avait été complexifiée pour l'occasion : à sa place se tenait un imposant œil rougeâtre et solitaire. Son iris était cernée de motifs géométriques abstraits dans lesquels le regard du spectateur s'égarait avec une sorte de capitulation hagarde.  En bas à droite, en discrètes lettres attachées noires, était écrit « Charlie. »
La bibliothèque était rangée dans un coin de la pièce. C'était une longue étagère de bois d'environ un mètre quatre-vingt de haut sur laquelle étaient rangés les masses de livres que Tristan avait apportées quand ils avaient découvert le hangar.  Tous les ouvrages qu'il avait apportés avaient marqué son existence et sa manière de voir la littérature d'une manière ou d'une autre. Charlie en saisit un au hasard, s'assit sur une chaise près de la table et commença à lire. Le temps attendait qu'elle le tue jusqu'à ce qu'Alice, Eddie et Tristan arrivent. Le livre dégageait cette odeur qui n'appartenait qu'à des livres âgés de plus de trente ans. C'était un recueil qui compilait les œuvres des Poètes Maudits.  Son regard bleu égaré dans les alexandrins déroutants, elle attendit ses amis.


Il y a un léger problème d'alinéas que j'arrive pas à régler sur ce forum mais tant pis...


Dernière édition par Bubulle le Mer 29 Jan 2014 - 7:32, édité 1 fois

Super man
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Masculin Age : 19
Messages : 7607
Lun 2 Déc 2013 - 7:32

Moi, perso j'accroche. J'ai envie de connaître la suite! Je saurais pas quoi te dire d'autre, pas avec juste un début :p
http://www.cherubcampus.org/

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Kelly Clara
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Messages : 5662
Mer 4 Déc 2013 - 7:43

J'aime bien aussi! On se demande ce qu'il va arriver à la bande, ce qu'ils vont faire... C'est une belle situation initiale, maintenant il faut un élément perturbateur. x)
(Ah, j'ai beaucoup rigolé en lisant "même les étudiants en littérature – habituellement postés dans leurs bibliothèques sombres à étudier d'obscurs poètes de l'époque de François Villon –", quel beau cliché... Razz)


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