Bubulle
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Bleu Marine

Masculin Age : 21
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Mer 11 Sep 2013 - 8:18

Bonjour les coupains ! Ça doit faire deux milliards d'années que je suis pas venu ici, il y a mes raisons, je les avais expliquées à l'époque. Enfin bref :)Si je repasse ici c'est parce que récemment j'ai écrit un truc vraiment trèèèès bizarre et j'aimerais avoir vos avis, parce que je vous connais (ou vous connaissais, je suppose que la population a pas mal changé par rapport à avant...)

J'ai pas encore de titre mais voilà :

 La foule émit une clameur bruyante quand Clyde apparut sur le tapis rouge. L’écrivain célèbre arriva décontracté comme à son habitude, serra quelques mains et se dirigea immédiatement vers les flûtes de champagne. Il sourit à tout le monde, dit bonjour comment va ta femme ou comment avance ton album, ne connaissant pas la moitié du quart de ce peuple mondain.  Les bourgeois étaient tous habillés de smokings rutilants et neufs, dont ils discutaient innocemment du prix et de la marque par pure complaisance, et surtout parce qu’ils aimaient à rappeler leur statut de privilégiés de la société. Clyde, en tout homme célèbre qu’il était, se devait de faire de même. Il discuta donc pendant un bon moment sur ses vêtements ou son nouveau loft et donna à quelques jeunes filles quelques indications sur ses prochains romans. Toutes voulurent lui faire l’amour à un moment ou un autre, mais Clyde dénigra avec sympathie toutes ses propositions, préférant l’accompagnement des alcools pour le cours de sa soirée, et il était d’une utilité futile, voire inexistante de devoir se prêter aux caprices d’une admiratrice, aussi jolie soit-elle.
 Clyde Parker, célèbre écrivain de son époque, était adulé de tous. À vrai dire, il n’y avait pas une personne sur Terre connaissant son œuvre qui ne l’appréciait pas. On le demandait partout, la télévision diffusait son image à toutes les latitudes du globe terrestre et il vivait dans un luxe non-négligeable. Il avait cette manière de se tenir dont on ne sait si elle est charismatique ou tout simplement surnaturelle tant elle inspire le respect.
 La brise soufflait sur la poussière d'or, le faisant s'envoler dans de multiples tourbillons insaisissables. Le cavalier traversait le désert au galop, ayant gravée sur son visage mat une expression anxieuse et déterminée. Sa cape noire claquait il maintenait fermement une main sur son chapeau et l'autre sur l'encolure de sa monture. Le soleil déclinait lentement sur l'horizon et commençait à se glisser derrière les montagnes au loin.
   Les nuages prenaient une allure de mousse d'or derrière le soleil couchant, mais le cavalier ne s'attarda guère sur ce gracieux paysage. Il devait fuir, et s'il parvenait à gagner le royaume souterrain, il serait hors de danger.
   Quand le jour céda la place aux étoiles et à la lune souriante, le cavalier était arrivé dans les montagnes. Il serait facile pour lui d'échapper à ses poursuivants, ces derniers ne connaissant pas assez ces paysages lointains. Il s'arrêta dans un renfoncement, toujours sur ses gardes, et craqua une allumette dont il se servir pour enflammer un tas de poussière d'or, selon la méthode de son peuple.
Le cavalier fixait les flammes, pensif, se remémorant les événements de la veille. Il était arrivé dans une petite ville au milieu du désert, récemment édifiée et reliée à la capitale du pays par un chemin de fer. À peine était-il rentré à l'intérieur de la ville qu'un pistolero l'avait pris à part et avait voulu lui dérober ses biens. Impulsivement, le cavalier lui avait asséné un coup de poignard qui l'avait tué sur le coup: le corps du pistolero s'était effondré dans un cri de douleur et un bruit sourd.
   Les habitants du village étaient réputés pour être d'anciens criminels au caractère dur et solidaire. Tous les pistoleros de la ville étaient partis à sa poursuite.

Ses gestes élégants, la cigarette au coin des lèvres et le visage du poète maudit inspiraient presque un culte à ses fans. Sa silhouette svelte, ses cheveux en bataille et le verre de gin tonic tenu entre ses doigts fins promettaient un mythe à venir d’une importance extraordinaire.
 Éméché, comme tout membre de la haute société new-yorkaise se devait de l’être après une soirée mondaine, il finit par attraper un taxi pour rentrer chez lui, tituba un peu pour y rentrer mais finit par s’asseoir à la place arrière. Naturellement, le chauffeur le connaissait – oh bon dieu mais vous êtes Clyde Parker ma femme vous adore –, et pour éviter qu’il ne répète son adresse à toute la ville, il devait lui en donner une fausse et marcher un peu, prenez ce pourboire et cet autographe et laissez-moi descendre. Le chauffeur, alors tout excité, le laissait partir et avertissait immédiatement tout son réseau social avec un bonheur égal à celui du premier enfant.
La cité gisait, pareille à un géant de l’ancien monde tombé au combat. La brume investissait les ruines des bâtisses et enrobait de sa sinistre cape blanche les souvenirs de la ville. Un chien errant hurla à la mort sous l’éclat froid de la Lune, car désormais la cité était livrée à la surface. Il n’y avait plus trace de la moindre âme humaine dans ce qui avait été jadis la plus grande ville cachée du monde. Les habitations de grès étaient déjà rongées par les feux follets. Au loin, l’ombre du cavalier galopait dans la nuit noire. Il fuyait ce lieu maudit, fuyait ce monde qui n’était plus le sien. Le monde était à la modernité, à ces pistoleros calcinés  au pied du pic rocheux et aux armes à feu ; la poussière d’or et les valeurs du cavalier étaient mortes avec la poudre à canon. Le Cavalier partait récupérer son monde, parce qu’il savait au fond de son âme indéchiffrable que c’était ce qu’il fallait au monde. Et il pourrait se battre contre ce monde qu’il haïssait, et il pourrait rebâtir la cité souterraine.
 Le lac noir au centre de la ville voyait encore son onde vaciller de la catastrophe. On pouvait distinguer au fond de l’eau, quelques lieues sous les abysses, des bijoux scintillants et des bribes effilochées de souvenirs effervescents, des lambeaux de belles nuits étoilées et quelque trace d’émerveillement devant le désert. Le cavalier arrêta un instant son galop infernal pour se retourner une dernière fois. Il lui sembla voir danser les ossements de ses frères. Dans la nuit noire comme l’enfer, le Cavalier prit la fuite.

 Les étoiles brillaient fort dans le ciel ce soir-là. Le mince croissant de lune s’étirait sinistrement en un sourire nocturne. Clyde accéléra le pas, les ombres réveillaient la peur en lui. Les ruelles semblaient prêtes à lâcher quelque fauve de l’imaginaire en liberté, tuant le jour à grands coups de claquements de mâchoires. Le silence oppressant pesait sur ses épaules comme des enclumes.
 La cape écailleuse du Roi-Lézard, le fourreau de son épée constitué de deux salamandres entrelacées aux yeux de rubis, son visage mutilé par les abîmes et surtout ses yeux sombres lui conféraient un charisme indéniable et dérangeant. Derrière sa silhouette ténébreuse se cartographiait le pont d’obsidienne que le Roi avait emprunté lors de son sacre. Cavalier perdu, poursuivi par l’Oiseau-Tonnerre, il avait succombé à la malveillance des profondeurs.
D’ailleurs, l’aura d’éthanol qui émanait de lui accentuait son angoisse. Il finit par arriver en sueur devant son appartement et prit l’ascenseur, mal à l’aise. La cage métallique s’éleva à une vitesse qui lui semblait frôler celle de lumière. Tout tourbillonnait, tourbillonnait et oh mon dieu qu’est-ce que tu fous là ?! Mais non, l’alcool lui causait parfois des crises d’angoisse, pas besoin de s’inquiéter. Il arriva et s’installa non devant son ordinateur, mais devant une vieille machine à écrire, un achat récent autant qu’il était fantasque dans son monde.  Le désert fit face, envahissant, peuplé des fantômes de ses livres. Pas de problème, un verre d’eau et tout ira mieux qui est cet homme au galop ? Le monde se bouscula autour de sa petite personne, tantôt la fenêtre lui montrant New York scintillant, tantôt cette plaine froide et ce désert vide bon dieu où sont mes Valium où la nuit l’écrasait. Dieu merci personne ne savait qu’il était rongé par ses démons  l’incendie explosa à quelques mètres de lui littéraires.
 Il sursauta. Il ne voyait plus trace de son appartement. Le cavalier et les trois pistoleros lui faisaient face. L’orée de la ville brûlait dans un incendie immensément plus imposant que ces hypocrites galas. La musique rock se mit en route mais ni son bon goût ni son équipement sonore ne lui serviraient ici, d’ailleurs où étaient-ils ? La lune se couchait, se relevait, tournoyait dans le ciel mais putain je veux ces calmants sans nuages du désert.  Le cavalier sortit son épée dans un geste brusque et la leva au ciel dans une sorte de prière infernale tandis que les trois pistoleros, transformés tour à tour en squelettes poussiéreux, entamaient un chant funèbre. Son corps tremblait continuellement et son pouls avait accéléré à une vitesse exponentielle. La boîte de calmants gisait à terre, éventrée, des gélules étalées de ci de là. Le Roi-Lézard apparut à son tour. C’était sans aucun doute celui qui inspirait la plus grande terreur à Clyde Parker. Le cri terrifiant qu’il émit à la vue de ces deux yeux noirs et rougeoyants, venus tout droit des enfers, se propagea et résonna longtemps dans son appartement, et s’éloigna dans le désert.  La cité s’écroula tout entière dans son loft de garant de la richesse américaine. Les feux follets allaient et venaient autour de lui, tandis que la poussière d’or s’enflammait au moindre rayon de lumière. L’incendie dévorait son appartement et son esprit, mais Clyde restait là, pris de convulsions. Sa machine à écrire fondit. Les cinq êtres marchaient en cercle autour de lui, ne cessant de l’observer. L’orage se déchaîna soudain dans une explosion de violence. Le dôme céleste s’était soudain couvert de nuages plus noirs que la nuit et les éclairs pleuvaient sur le sol désertique. La foudre voltigeait en tous sens, incendiant des pans entiers de désert ou de ruines.  Le cavalier brandit son épée, incitant la foudre à la charger. Le Roi-Lézard fit claquer sa cape écailleuse et l’instant d’après, le tranchant de sa lame de métal noir se tenait contre la gorge de l’écrivain. Les trois pistoleros dégainèrent aussitôt leurs armes. Puis, dans un ultime chaos, toute la haine du monde se déversa sur Clyde Parker. Au matin, après avoir calmé l’incendie, on découvrit le corps de l’écrivain, la face figée dans un dernier rictus, sans marques de blessures, ainsi qu’une feuille noircie glissée sous la machine à écrire sur laquelle étaient inscrits ces mots :
le roi des lézards, démon des enfers, abattra sa haine, crasseux embourgeoisés, l’orage n’est pas fini
 Dans le désert, la pleine lune apparut, gigantesque dans le ciel. Une pierre tombale sobre trônait sur la plaine. Épurée, elle était ornée de deux salamandres entrecroisées en fer ciselé. Cinq hommes se tenaient en ligne face à la tombe, tête baissée.  Tour à tout, ils vinrent chacun déposer leurs armes sur la tombe et s’en allèrent en silence, chacun dans une direction différente. Les trois pistoleros fantomatiques chantaient leur ode à la mort, leurs cache-poussières claquant au vent, tandis que le Roi-Lézard et le cavalier marchaient les yeux fermés, niant le sable voletant autour d’eux.


Bad Moon Rising 2.0:
 



Ok c'est très très particulier et je redoute un peu les avis mais je les veux ! :Dj'vous aime♥


Dernière édition par Bubulle le Sam 30 Nov 2013 - 5:32, édité 1 fois

Kelly Clara
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Modo

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Mer 11 Sep 2013 - 9:01

Je ne dirai par "wtf" parce que c'est super moche comme mot, et d'abord c'est pas un mot, c'est un acronyme tout moche importé de l'anglais, ce qui est une raison supplémentaire de ne pas le dire.
Il est génial ton texte, Bulle! Je dirai plutôt waouh, en fait... (c'est pas un mot non plus, mais ça a le mérite de rentrer dans la case "interjection". Razz) On suit ton personnage dans sa vie, ses hallucinations et ses névroses, sans trop savoir ce qui est vrai ou pas, où s'arrête la réalité, mais tu réussis à nous embarquer dans ton texte et c'est magique. J'aime bien la fin et les personnages qui prennent leur revanche, qui deviennent plus réels que l'auteur, en quelque sorte...
Ca faisait longtemps qu'il n'y avait pas eu de textes intéressants par ici... ^^


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Bleu Marine

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Jeu 12 Sep 2013 - 3:49

Je suis encore là, content de voir que tu fais un tour sur le fow de temps en temps ^^
Et sinon c'est juste énorme comment c'est écrit et ce que ça raconte, c'est fou, c'est génial Very Happy
Selon moi c'est un des meilleurs écrits du forum, franchement bravo Smile 


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Roméo
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Bleu Marine

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Mer 25 Sep 2013 - 7:24

Alors franchement, j'ai douté de la véracité de ton intitulé jusqu'au dernier quart de ton récit xD Je me suis dit que les trucs bizarres, j'étais habitué, mais apparemment ... Y a tout qui se mélange, l'imagination, l'ivresse et la folie du père Parker, c'est vraiment ... particulier. Mais pas pour autant déplaisant, au contraire même ^^ Et le tout est très bien écrit (enfin après tout ceci reste mon humble avis de petit lecteur de fantasy, donc bon x)) ! Félicitations en tous cas ^^


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Bubulle
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Bleu Marine

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Sam 30 Nov 2013 - 5:25

J'up la situation parce que j'ai ENFIN trouvé un titre à cette nouvelle et que je l'ai un peu retravaillée, je vous mets ça en spoil Smile

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